Turquie : la grande purge d’Erdogan

Turquie : la grande purge d’Erdogan

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Deux semaines après le coup d’État raté, qui a fait 265 morts, la purge continue. Outre l’instauration de l’état d’urgence pendant trois mois, des milliers de personnes soupçonnées d’avoir une proximité avec les putschistes ont été arrêtées.

Les chiffres sont vertigineux : 18 000 personnes ont été placées en garde à vue, 9677 en détention préventive et 50 000 passeports annulés par mesure de précaution, selon la radio d’information française RFI.

Une répression sévère

Aucun secteur n’a été épargné par le grand ménage d’Erdogan. Après avoir frappé l’armée, la justice, l’enseignement et les médias, la répression des autorités turques s’est étendue même aux acteurs du secteur économique.

À ce titre, le président du groupe, Boydak Holding, ainsi que deux dirigeants du conglomérat familial ont été arrêtés, vendredi 29 juillet, dans la ville Kayserie, dans le centre de la Turquie, a rapporté le journal L’Express, citant l’agence de presse Anadolu. L’ex-président de ce groupe, qui détient des participations dans la finance, l’énergie et l’ameublement, est également dans le viseur des autorités. Un mandat d’arrêt a été émis contre lui.

Mais la répression la plus dure a touché l’armée. En effet, sur les 18 000 personnes placées en garde à vue pour « complicité » au putsch raté, 8651 sont des militaires, dont 178 généraux et amiraux, soit la moitié des généraux et amiraux de l’armée, selon les chiffres dévoilés par le ministère de l’Intérieur, rapporte France24. De plus, près de 300 éléments de la garde présidentielle ont été mis aux arrêts, soit 10% de l’effectif de ce corps. L’on parle même de l’intention des autorités turques de démanteler ce régiment.

Au sein de la justice, ce sont près de 2900 juges et procureurs qui ont été placés en garde à vue. Quant au secteur de l’enseignement, le président turc a ordonné la fermeture de plus de 1000 écoles privées ainsi que 15 universités accusées d’être liées à Fethullah Gulen.

Par ailleurs, en plus de la fermeture de 130 médias, des mandats d’arrêt ont été délivrés à l’encontre de 47 journalistes, toujours selon la chaîne d’information France24.

Un cimetière pour les « traîtres »

Dans le même temps, les autorités turques ont décidé d’enterrer les corps des 24 putschistes tués lors de la tentative du coup d’État dans un « cimetière des traîtres », situé près d’un chantier et d’un refuge pour chiens errants dans la banlieue d’Istanbul. L’idée de construire ce cimetière a été lancée lors d’un conseil municipal, a rapporté Paris Match, citant, Kadir Topbas, le maire d’Istanbul.

En outre, le gouvernement turc a fait savoir qu’aucune cérémonie religieuse ne serait assurée pour les mutins lors de leur inhumation. « Ils ne méritent pas de prière de rédemption de la part de leurs frères musulmans », a indiqué le directorat des Affaires religieuses.

Des voix discordantes s’élèvent au sein de la société turque pour dénoncer la construction de ce cimetière controversé. « Nous savons que la société a été blessée par ce qui s’est passé, mais il y a toujours eu des traîtres. Il n’y a rien de nouveau, je ne pense que cela soit une bonne idée de créer un tel cimetière », a déclaré à l’AFP, Necip Taylan, professeur de théologie retraité et ex-député du parti au pouvoir AKP.

Tensions avec l’occident

En Parallèle, le président Erdogan a rejeté vertement, vendredi 29 juillet, les inquiétudes exprimées États-Unis et l’Union européenne après l’amplification de la purge, les appelant à « se mêler de leurs affaires ». « Certains nous donnent des conseils. Ils se disent inquiets. Mêlez-vous de vos affaires », a-t-il déclaré depuis le palais présidentiel d’Ankara.

Regrettant qu’aucun officiel ne soit venu en Turquie après le putsch raté, Erdogan a accusé les pays occidentaux de se préoccuper beaucoup plus du sort des putschistes que de la démocratie en Turquie. « Ces pays dont les leaders ne sont pas inquiets pour la démocratie turque, ni pour la vie de nos citoyens et leur avenir alors qu’ils sont tellement préoccupés par le sort des putschistes, ne peuvent pas être nos amis », a-t-il ajouté.

Dernièrement, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a déclaré sur France2 que l’Union européenne fermerait les portes d’adhésion à la Turquie en cas de rétablissement de la peine de mort.

« Si la Turquie demain matin devait réintroduire la peine de mort, nous arrêterions immédiatement les négociations parce qu’un pays qui dispose dans son arsenal législatif de la peine de mort n’a pas sa place au sein de l’Union européenne », a-t-il indiqué.

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