Abdelaziz Bouteflika veut imposer sa vérité à l’Algérie

Abdelaziz Bouteflika veut imposer sa vérité à l’Algérie

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L’adresse du président à la nation le vendredi 21 octobre montre le peu de respect qu’a Abdelaziz Bouteflika de la liberté de presse et son désir de ne faire entendre à la population que les arguments qu’ils considèrent acceptables.

Le message à la population du président de la République Abdelaziz Bouteflika à la veille de la célébration de la journée nationale de la presse, qui est le 22 octobre, est une attaque à peine déguisée contre la presse électronique. En introduction, le président affirme que l’Algérie occupe « une place importante en terme de reconnaissance et de consécration de la liberté de la presse. » Pourtant, l’organisme Reporter sans frontière, qui est la référence mondiale sur ce sujet, classe actuellement l’Algérie au 129e rang sur les 179 pays au classement mondial de la liberté de la presse. C’est une dégringolade de 10 places par rapport à 2015, ce qui met l’Algérie dans le dernier tiers et le groupe des pires pays au niveau de la liberté de la presse. Dans les notes explicatives de ce classement, l’organisme relève que même si le président Bouteflika déclarait en avril 2014 qu’il ne ménagera aucun effort pour consolider et étendre la liberté d’expression, des pressions directes et indirectes n’en finissent pas de s’abattre sur la presse indépendante en Algérie.

C’est une situation qui ne risque pas de s’améliorer prochainement. Selon le message qu’a livré le président le 21 octobre, la presse électronique qui provient souvent de pays étrangers, permet de « diffuser des insinuations calomnieuses et injurieuses, de semer les idées subversives voire de s’attaquer ouvertement et sans aucun scrupule au peuple et au pays. »

S’il a peur de la presse électronique, c’est peut-être parce qu’elle peut avoir accès à des sources d’informations qui ne sont pas contrôlées par l’État algérien. Ceux qui peuvent contredire la vérité d’État semblent maintenant dans la mire du régime. En exemple de cela, on peut citer les militaires à la retraite qui pourraient en dire long sur ce qui se passe et qui sont depuis peu contraints au silence.

Ce qui agace le président est que cette presse internationale relève de plus en plus des faits troublants pour le régime. Ces informations qui déplaisent au gouvernement Bouteflika sont pourtant le reflet de la réalité. L’American Entreprise Institute, vient de classer l’Algérie comme un des dix pays les sujets plus à risque d’instabilité à court terme. Selon l’organisme, l’Algérie qui est le plus grand pays d’Afrique devrait aussi en être le plus riche. Toujours selon l’organisme cela n’est pas le cas en raison des décennies de dictatures militaires, d’une gestion politique passive et ce qu’il appelle la guerre civile de 1990. Il ne voit d’ailleurs pas un meilleur futur pour le pays pris avec un président malade qui ne devrait pas finir son mandat et des islamistes radicaux.

Ces révélations des médias étrangers sont d’ailleurs vérifiables sur le terrain. Maintenant désargenté le régime de Bouteflika se résout de plus en plus à des actions violentes pour contrôler les mouvements populaires. Un important déploiement de policiers armés de matraques a récemment eu lieu dans les rues stratégiques d’Alger en raison des manifestations qui s’amplifient. De nombreux syndicats autonomes appellent à des journées de grève pour protester contre la réforme du Code du travail qui touche leurs acquis et diminue leurs retraites. Des mouvements de masse ont déjà eu lieu et des fonctionnaires, médecins et enseignants font la grève.

Déjà près de 70 % des employés du secteur public sortent dans la rue pour crier leur désespoir et la situation pourrait empirer prochainement puisque la coalition intersyndicale a programmé une nouvelle rencontre pour le 29 octobre, afin de décider si la grève continuera et s’amplifiera.

La situation est encore pire pour les gens complètement au bas de l’échelle sociale. La Ligue algérienne pour la Défense des droits de l’homme (LADDH) vient d’affirmer que la pauvreté a atteint un seuil alarmant en Algérie. L’organisme estime que plus d’un algérien sur trois vits sous le seuil de la pauvreté. Elle dénonce du même souffle que 10 % d’Algériens possèdent 80 % des ressources du pays.

Les spécialistes qui voient leur clientèle ne plus avoir assez d’argent pour les consulter quittent donc le pays en grand nombre. La fuite massive des psychiatres a d’ailleurs été relevée dans ces médias que dénonce Bouteflika dans son discours. Les propos du président sont loin de montrer un respect de la liberté de presse et de la diversité des opinions. Ce sont pourtant deux éléments essentiels pour une libre circulation de l’information qui est obligatoire pour une saine gestion de la société et de ses défis. C’est en comparant les divers articles qui ont été écrits sur une situation que les citoyens peuvent soupeser les arguments et se faire une idée la plus juste possible de ce qui se passe. En tirant sur le messager comme il le fait, le gouvernement Bouteflika se coupe d’informations vitales qui pourraient l’amener à corriger le tir dans plusieurs situations qui sont en train de lui échapper.

Michel Gourd

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