La Banque d’Algérie vole au secours des banques

La Banque d’Algérie vole au secours des banques

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En manque de liquidités, les banques peuvent compter désormais sur la Banque d’Algérie. Les banques et établissements financiers algériens ont la possibilité de se refinancer auprès de la Banque d’Algérie (BA) en faisant valoir les Bons du Trésor et les titres souscrits dans le cadre de l’emprunt obligataire de l’État notamment. C’est le sens d’un règlement de la Banque d’Algérie relatif aux « opérations d’escompte d’effets publics, de réescompte d’effets privés, d’avances et crédits aux banques et établissements financiers », publié ce dimanche 23 octobre, au Journal Officiel.

Assurer la disponibilité de liquidités

Les banques de la place pourront également présenter les effets privés et publics, c’est-à-dire tout titre de créances (dette) détenues sur des entreprises en Algérie. L’article 3 du règlement indique que « la Banque d’Algérie peut également admettre au réescompte les effets privés représentatifs d’opérations commerciales et d’opérations de financement (…) effectuées par les banques et établissements financiers ».

Plus loin, l’article 4 de ce règlement stipule que « la Banque d’Algérie peut effectuer des opérations d’escompte sur les effets publics émis ou garantis par l’État au profit des banques et établissements financiers ». Ces mesures interviennent alors que les liquidités des banques s’amenuisent et reviennent à une situation « normale », créant un besoin de refinancement.

Création monétaire qui profite aux banques

En théorie, cette mesure pourrait signifier la mise en place d’un mécanisme de financement du déficit budgétaire de l’Algérie. En effet, l’État dispose désormais de ressources potentiellement « illimitées » : il émet des obligations, rachetées par les banques, qui iront ensuite se refinancer auprès de la Banque d’Algérie. Et ainsi de suite.

Cela se traduira par de la création monétaire : plusieurs sources concordantes estiment qu’il s’agit de faire tourner la « planche à billets ». Cette émission de monnaie servirait en grande partie à financer le déficit, sans réelle contrepartie. Les ressources propres de la BA étant faibles, il faudra créer de la monnaie. À ce titre, la décision de plafonner les provisions de la banque centrale pourrait servir à ce genre d’opérations, estime-t-on.

Concrètement, l’État émet des obligations, rémunérées à hauteur de 5% (voire 5,75%) dans le cas de l’emprunt obligataire ayant pris fin le 17 octobre dernier. Les banques achèteront ces obligations et emprunteront, elles, auprès de la Banque d’Algérie, à un taux de réescompte fixé à 3,5%. Le différentiel entre ces taux ira directement aux banques. Or, parmi ces dernières, certaines sont des établissements étrangers, qui feront sortir cet argent du pays via une remontée de bénéfices et de dividendes, souligne une de nos sources.

Quitte à faire tourner la « planche à billets » pour financer le déficit, il serait plus judicieux que l’État recourt directement à la Banque d’Algérie, sans passer par cette opération triangulaire, affirme notre source. Dans ce cas, l’État se refinance avec un taux d’intérêt de 3,5%, dû à la Banque d’Algérie. Ces derniers reviendraient de toute façon au Trésor, à travers les dividendes versés à l’État par l’institution monétaire.

Des garde-fous

Cela dit, une source bien au fait de la question rappelle que le rôle de toute banque centrale est de créer de la monnaie, afin de financer de l’économie et les besoins des banques en liquidité. Il s’agit là d’opérations normales qui n’impliquent pas de financer le déficit et émettre des quantités illimitées de monnaie, assure-t-on.

Surtout, la Banque d’Algérie a mis en place un certain nombre de garde-fous pour éviter tout dérapage, affirme la même source : par exemple, « le concours de la Banque d’Algérie sur les titres à échéance conventionnelle ne peut dépasser 90% de leur valeur nominale hormis les titres représentatifs de l’emprunt obligataire national pour lesquels le concours de la Banque d’Algérie sera précisé dans une instruction », stipule l’article 4 du règlement en question.

Comprendre : le refinancement par la Banque d’Algérie est plafonné à hauteur de 90%, selon la maturité des titres, détaillée dans ce règlement. Dans le cas de l’emprunt obligataire, le niveau du refinancement n’est pas encore fixé, mais devrait être inférieur, a-t-on appris.

Par ailleurs, seuls certains types de crédits, accordés pour certaines activités et selon leurs échéances, pourront être admis au réescompte, indique l’article 7 du règlement. Par exemple, les crédits à moyen terme ne seront acceptés que s’ils concernent le financement d’investissement de développement des moyens de production (création, extension ou renouvellement d’équipements), l’exportation de biens (préfinancement de commandes d’exportation), la construction de logements dans le cadre de la promotion immobilière et les opérations de crédit-bail sur les biens de production assorties d’options d’achat », détaille la même source.

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