Entre Algérie et Maroc, une version nord-africaine de la « guerre froide »

Entre Algérie et Maroc, une version nord-africaine de la « guerre froide »

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Les relations entre l’Algérie et le Maroc ressembleraient à une version nord-africaine d’une « guerre froide arabe », estime le cabinet de recherche Carnegie Middle East Center. En dépit des intérêts communs entre les deux pays en matière de guerre contre le terrorisme et le banditisme, une lutte pour le leadership régional continue d’enflammer leurs relations. En particulier, un « conflit gelé » se cristallise autour de la question du Sahara occidental, ajoute le think-tank dans une étude récente. 

Ce conflit pourrait à présent se « réchauffer » et conduire l’Algérie et le Maroc à une sérieuse confrontation diplomatique « et peut-être militaire », écrit l’auteur, qui précise toutefois que la perspective d’une guerre totale entre les deux voisins est peu probable sur le court terme, compte tenu de leur alliance stratégique avec la France et les États-Unis et des menaces communes auxquelles ils doivent faire face. L’auteur rappelle la supériorité de l’Algérie sur le plan du budget militaire, du nombre de tanks et d’avion militaires, mais souligne le fait que Rabat détient « indéniablement » l’avantage sur le plan technologique. 

Malgré l’affirmation d’une volonté des deux côtés de « réactiver des relations fraternelles », une période de transition politique dans les deux pays pourrait ouvrir la voie à une intensification de la rhétorique nationaliste des deux côtés.

L’auteur de l’étude rappelle également la déception, en 2010, du Front Polisario à l’égard du rôle de médiateur joué par les Nations unies, qui n’est pas parvenue à infléchir la position marocaine concernant l’organisation d’un référendum d’autodétermination. Le Maroc, de son côté, avait expulsé des douzaines d’employés des Nations unies suite aux propos, début 2016, qualifiant la situation au Sahara occidental d’ »occupation » par le secrétaire général Ban Ki-moon.

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De plus, l’auteur souligne le risque que le statu quo soit mis en péril par la prise de contrôle du Front Polisario par sa faction « la plus militante », après le décès de son leader Mohammed Abdelaziz en mai 2016. L’élection de Brahim Ghali en juillet dernier signalerait que la lutte armée, plutôt que la négociation, pourrait être la trajectoire privilégiée à l’avenir, affirme l’institut.

Dans ce contexte, la volonté du gouvernement marocain de « déployer toute sa puissance diplomatique et économique pour créer des faits sur le terrain » montre des résultats et pourrait radicaliser encore plus le Front Polisario. Cette volonté se manifeste notamment par la mise en œuvre d’un plan, par le Maroc, pour convaincre les habitants du Sahara occidental d’accepter la souveraineté marocaine, avec l’annonce d’un projet de 13 milliards d’euros, fin novembre, en vue d’améliorer les infrastructures de la région, créer des emplois et booster l’économie. 

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Sur le plan diplomatique, le Maroc a encouragé l’organisation du Crans Montana Forum au Sahara occidental, et a récemment exprimé sa volonté de rejoindre l’Union africaine, une initiative visant à « intensifier son lobbying auprès de l’Occident et les pays sub-sahariens afin qu’ils approuvent ses prétentions” »territoriales, ajoute l’étude.

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