La détresse d’un ancien diplomate du consulat d’Algérie à Gao

La détresse d’un ancien diplomate du consulat d’Algérie à Gao

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Mohamed Boumahamed a servi au consulat d’Algérie à Gao. Lorsqu’il a été envoyé en 2010 dans ce gouvernorat du nord du Mali, il n’imaginait sans doute pas vivre les terribles moments de l’attaque terroriste contre le siège de ce consulat, deux ans après son arrivée en tant que responsable des finances et de l’administration.

Le bruit des coups de feu, les détonations, les images de ces hommes armés jusqu’aux dents, du siège du consulat encerclé et du drapeau noir hissé à la place de l’emblème national, la terreur qui régnait ont pourtant marqué à jamais cet attaché de chancellerie.

En réalité, la situation dans cette région a commencé à se dégrader en janvier 2012 quand le Mouvement pour la libération de l’Azawad (MNLA) attaque Ménaka avant de progresser vers Aguelhok, Tessalit… Les diplomates algériens ne quittent pas leur consulat, seule représentation diplomatique dans la ville de Gao. « Lundi 2 avril, le consul nous demande de nous regrouper et de rester au siège », explique à TSA M.Boumhamed. Diplomates et autres agents obtempèrent. « Il ne restait ni gouverneur, ni gendarmes dans la ville », poursuit notre interlocuteur.

Le consulat est encerclé par les rebelles du MNLA « pour le protéger », selon lui. L’attente est terrifiante. « Je ne me sentais pas bien. J’ai fait une crise d’hystérie. J’ai demandé au consul de me laisser sortir et rentrer chez moi pour prendre mes médicaments. Il a refusé au début avant d’accepter finalement en me demandant de ne pas sortir de la maison une fois sur place », rapporte Mohamed Boumhamed. Sa maison était à quelques centaines de mètres du consulat. Le lendemain, il appelle le chauffeur (malien) pour venir le chercher. Celui-ci l’informe  que les terroristes étaient au consulat.

Les ravisseurs qui s’avéreront par la suite être des terroristes du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (Mujao) fouillent les lieux, cherchent l’argent et prennent les documents qu’ils trouvent avant d’embarquer le staff algérien composé de sept personnes dont le consul qui décédera des suites d’une maladie chronique durant sa détention et le vice-consul  qui sera par la suite assassiné. « (Après la conversation avec le chauffeur), je suis monté sur la terrasse de ma maison d’où je pouvais apercevoir le consulat. J’ai vu qu’on a hissé un drapeau noir à la place de l’emblème national », dit-il.

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L’attaché de chancellerie est pris de panique. Il quitte alors sa maison pour se réfugier chez un voisin qui l’accueille durant deux ou trois jours. « J’ai contacté par téléphone le ministère des Affaires étrangères, se rappelle-t-il, et j’ai discuté avec le secrétaire général ». Ce dernier le rassure et lui demande de rester sur place en laissant son téléphone ouvert. Mohamed Boumhamed qui était également recherché par les ravisseurs est finalement exfiltré vers Niamey (Niger). « J’ai démarré à trois heures du matin avec un Tergui à bord d’un véhicule qui roulait à 150 kilomètres à l’heure », relate-t-il.

Au Niger, il est accueilli par des membres de l’ambassade avant de regagner enfin Alger. Soulagement ? L’homme au visage émacié reste silencieux. Ses yeux se remplissent de larmes. « Mes collègues étaient encore là-bas », dit-il avant d’enlever ses lunettes pour essuyer ses larmes. Une fois en Algérie, il rentre chez lui. « Je n’ai bénéficié d’aucune prise en charge », assure notre interlocuteur qui sera envoyé quelques mois plus tard vers la Tunisie où il occupera le poste d’un agent administratif à l’ambassade jusqu’au 10 juillet dernier.

« Ils m’ont envoyé un dossier pour la retraite », affirme-t-il. Suivi pour troubles « de l’excitabilité neuromusculaire chronique » pouvant impacté sur sa motricité après le choc subi à Gao, Mohamed Boumhamed ne bénéficie d’aucune prise en charge de l’État pour les soins lourds dont il a pourtant besoin, affirme-t-il.

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