Colonisation : « Maintenant, c’est à l’Assemblée nationale de prendre ses responsabilités...

Colonisation : « Maintenant, c’est à l’Assemblée nationale de prendre ses responsabilités »

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Patrick Mennucci est député socialiste des Bouches-du-Rhône à Marseille. Il est l’auteur d’une proposition de loi relative à la reconnaissance de la responsabilité de l’État français dans le massacre du 17 octobre 1961. Entretien.

Un sondage Ifop réalisé pour le compte de TSA révèle qu’une majorité des Français sont favorables à des excuses officielles à l’Algérie. Qu’en pensez-vous ? 

C’est un résultat satisfaisant. Je crois que les choses avancent. Les Français ont plus de distance par rapport à cette question que par le passé. Aujourd’hui, le colonialisme est remis en cause. Certaines choses ont été faites alors qu’elles ne devaient pas se produire. Et l’histoire de la France est une et indivisible. Même si notre génération n’a pas de responsabilité directe, elle doit considérer que l’État, lui, a une responsabilité directe.

Est-ce qu’on peut dire que la société française est prête à une réconciliation durable avec l’Algérie sur le modèle de la France et de l’Allemagne ?

Je crois que la société française est prête depuis longtemps à une réconciliation durable avec l’Algérie. Le problème est que la société française ne connaît pas les conditions de la colonisation. Elle ne sait pas ce qui s’est réellement passé. Beaucoup de gens découvrent la vérité à l’occasion de textes comme celui que j’ai proposé (sur le massacre du 17 octobre 1961). Donc, il faut bien comprendre que c’est notre histoire qu’il faut interroger.

Elle n’est pas l’objet de suffisamment de recherches et d’ouvrages. Elle n’a pas une grande place dans les manuels scolaires. L’histoire de la colonisation, pas seulement celle de l’Algérie, n’est pas beaucoup étudiée.

Pourquoi François Hollande ne franchit pas le pas pour concrétiser cette réconciliation ?

En 2012, François Hollande a franchi un pas extrêmement important en reconnaissant les massacres du 17 octobre 1961. C’est la première fois qu’un président de la République reconnait que la police française a tué les Algériens (en 1961). J’ai assisté aux rencontres officielles en décembre 2012 lors de la visite du président Hollande en Algérie et j’avais l’impression que le président Bouteflika était très satisfait. François Hollande, comme l’avait fait avant lui Jacques Chirac, s’est également exprimé sur Guelma et les crimes du 8 mai 1945. Maintenant, c’est à l’Assemblée nationale de prendre ses responsabilités.

Vous avez justement introduit un projet de loi sur le 17 octobre. Où en êtes-vous actuellement ?

Le processus est lourd. Le projet de loi a été validé par le bureau de l’Assemblée nationale jeudi dernier. Donc le texte est jugé recevable par l’assemblée. Jusqu’à maintenant, près d’une centaine de députés se sont prononcés favorablement sur ce projet. Maintenant, nous allons travailler pour la mise à l’ordre du jour.

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