Crise économique, 30 ans après : quand l’histoire se répète

Crise économique, 30 ans après : quand l’histoire se répète

15
SHARE

L’Algérie a vécu la première semaine de l’année 2017 sous tension. Les grèves générales des commerçants ont laissé place à des émeutes et violences dans certaines villes du pays, notamment à Béjaïa. Au cœur de cette gronde, figurent les nouvelles mesures incluses dans la Loi de finances et qui sont entrées en vigueur le 1er janvier.

    | LIRE AUSSIINFOGRAPHIE. Loi de finances : ce qui va changer en 2017

Au sommet de l’État la crispation est palpable et pour cause. La réaction épidermique de la rue si peu de temps après l’entrée en vigueur des nouvelles mesures laisse présager le pire pour la suite. Il est en effet trop tôt pour que les effets des mesures d’austérité imposées par la dernière Loi de finances puissent être ressentis dans toute leur ampleur en si peu de temps. Les hausses dans les différentes taxes et les baisses de certaines subventions n’ont pas encore eu assez de temps pour asphyxier les budgets déjà vacillants des citoyens. La probabilité demeure donc forte sur la possibilité que la gronde sociale s’intensifiera dans les prochains mois, au fur et à mesure que les efforts consentis par les citoyens pour mener une vie digne deviendront de plus en plus importants.

La situation économique actuelle que connaît l’Algérie depuis 2014 a souvent été associée à celle que le pays a traversée à la fin des années 80, à la suite du contre-choc pétrolier de 1986. Les parallèles les plus évidents sont connus. Comme durant les années 80, une production surabondante a fait plonger les prix des hydrocarbures à des niveaux très bas. La chute a entraîné dans son sillage tous les pays dont l’économie repose sur le pétrole. Des pays comme le Venezuela ont immédiatement été pris à la gorge. L’Algérie n’a pas fait figure d’exception. Elle a juste trouvé son salut temporaire dans son épargne abondante, fruit d’une politique prudente durant la période dorée où le pétrole était élevé.

Ces réserves étaient supposées accorder la possibilité au pouvoir de mettre en place une politique de diversification de l’économie de l’Algérie, afin de réduire puis extraire le pays de sa paralysante dépendance aux hydrocarbures. Dans les faits, il n’en a été rien. Plutôt, les réserves ont juste offert au pouvoir quelques années de répit et permis de décaler pour un temps futur la violence de l’impact du redressement structurel. Ce temps est finalement arrivé. L’Algérie a fini par entrer en pleine tempête.

La situation actuelle de l’Algérie a pris des tournures de tragédie amère. La crise économique des années 80 ne fait plus seulement figure de vague souvenir ou d’avertissement prophétique. Entre les deux périodes, il ne s’agit plus de comparer uniquement les facteurs exogènes ayant mené à la crise. Il s’agit également de comparer les actions entreprises par les pouvoirs en place pour tenter de faire face à la crise.

Dans les deux cas, force est de constater que ces actions manquaient terriblement d’imagination, ou même d’une réelle volonté de surmonter la situation. Comme durant les années 80, le gouvernement s’est contenté d’utiliser les leviers les plus basiques à sa disposition : réduire les subventions et augmenter les taxes. La situation actuelle est d’autant plus grave, car le pouvoir actuel a refusé d’apprendre la leçon précédemment imposée par l’histoire. Il a même poussé la parodie à un tel point qu’il a repris dans la Loi de finances 2017 certaines mesures marginales telles que l’augmentation de la taxe sur le tabac, une mesure qui avait déjà été prise dans la Loi de finances de… 1988.

1988, année fatidique pour l’Algérie, celle qui a établi un avant et un après dans le destin du pays. Tous les ingrédients sont là pour créer une bis repetita de l’évènement le plus marquant de l’Algérie post-indépendance : une économie aux abois, un pouvoir à la légitimité contestée, la prédominance d’une caste qui s’est approprié la majorité des privilèges et des ressources… L’histoire semble condamnée à se répéter.

Source de l'article : cliquez-ici