Le silence intrigant d’Ouyahia

Le silence intrigant d’Ouyahia

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POURQUOI le patron du RND se mure-t- il dans le silence ? En dépit de sa victoire électorale lors des législatives, ou au moins sa nette avancée par rapport aux législatives de 2002, 2007 et 2012, Ouya- hia n’a pas jugé utile d’organiser une conférence de presse pour commenter les scores obtenus, comme cela se fait tradi- tionnellement à la fin des joutes électo- rales.

Qui l’en empêcherait ? A quoi rime cette attitude qui dénote, soit une colère contenue, soit de la défiance ?

La plupart des observateurs s’interroge sur cette attitude inhabituelle, et pense que la position de Ahmed Ouyahia semble être directement liée aux irrégularités obser- vées par ses militants dans certains bureaux de vote.

Selon des informations émanant de son entourage, le SG du RND était mécontent de la tournure prise par le vote dans quelques wilayas, où l’implica- tion de hauts responsables de l’administra- tion wilayale était flagrante. Des cadres du parti accusent en prisé des walis et autres responsables des collectivités locales d’avoir « roulé » pour le FLN dans cer-

taines régions comme Oran et Blida, où le RND aurait mis le paquet et attendait de bien meilleurs résultats. Ils estiment que leur parti a été victime d’un détournement de voix dans ces deux wilayas, d’où le dépôt de plusieurs recours auprès du Conseil constitutionnel.

Naturellement, ces accusations demeurent confinées dans un cadre informel, bien que le porte-parole du parti n’arrive pas à dissimuler sa nervosité à chacune de ses apparitions médiatiques pour répondre du tac au tac aux propos provocateurs du SG du FLN, Djamel Ould Abbès.

Certains au niveau du parti pensent que Ouyahia attend la publication des résultats officiels par l’institution de Mourad Medelci pour réagir, car ne voulant en aucun influer sur l’examen des recours, ni interférer dans un processus régi par la loi électorale.

D’autres affirment, par contre, que Ouyahia devrait persister dans son silence pour au moins un mois, c’est-à- dire jusqu’à la tenue de la session ordinai- re du conseil national du RND prévue les 9 et 10 juin à Alger.

C’est d’ailleurs une session qui va consa- crer la victoire absolue du patron de cette formation et sa mainmise sur ses appa- reils. Avec son retour à la tête du parti après une démission ou un retrait et la fronde qui s’en est suivie, Ahmed Ouyahia semble avoir gagné son pari.

Des législa- tives qui furent un grand « plébiscite » pour lui et son parti, bien que toujours à la deuxième place derrière le vieux parti pré- sidé par le chef de l’Etat Abdelaziz Boute- flika.

Le score obtenu était inespéré il y a quelques mois, mais Ouyahia aurait fait un gigantesque effort pour changer aussi bien son discours que son style. Bien avant le début de la campagne électorale, il profita des week-ends pour traverser le territoire, réorganisant les appareils intermédiaires de son parti, plaçant des hommes sûrs et loyaux et en écartant d’autres.

Il procéda à un assainissement organique de grande ampleur, tout en imposant un « manage- ment » moderne dans la gestion du parti au niveau central, en intégrant des jeunes et des universitaires. Son discours se basait

sur la vérité économique et sociale, étant éloigné de la gestion gouvernementale et non impliqué par les effets de la crise et des premières mesures des politiques d’austérité.

Ouyahia voulait faire peau neuve avec ces législatives, aussi bien pour la perception de sa personne que pour son parti. Ce sont ces législatives, et sans doute les prochaines élections commu- nales et wilayales qui vont lui construire des ambitions présidentielles.

Mais alors, pourquoi encore ce retrait, ce silence ou cette « communication » poli- tique, alors que le déroulement des législa- tives, avec ses hauts et ses bas, ses polé- miques et ses contradictions, mérite bien des ommentaires et analyses de la part d’un ancien chef de gouvernement (trois fois), d’un chef de parti (à deux reprises) et ministre d’Etat directeur de cabinet à la présidence de la République ?

Faut-il patienter encore jusqu’au 10 juin, à la fin des travaux de la session du conseil national du RND, pour entendre Ouyahia disserter sur la politique algérienne ?

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