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Al Hoceima : Sous les tirs des lacrymos, « silmya, c’est fini ! »

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TSA
Al Hoceima : Sous les tirs des lacrymos, « silmya, c’est fini ! »

La soirée du 15 juin a été rude à Al Hoceima, où des jeunes ont définitivement changé le décor du face-à-face avec les forces de l’ordre. Finis les rassemblements massifs, étendards du Rif au vent, autour de leaders au micro, désormais quasiment tous détenus. Le Hirak s’est transformé en batailles rangées avec la police, jets de pierres contre tirs de grenades lacrymogènes, jusqu’au bout de la nuit.

Cette nuit, l’accalmie n’a été que de courte durée à Al Hoceima. Dans le quartier de Sidi El Abed et à Diour Al Malik, le traditionnel face-à-face nocturne entre manifestants et forces de l’ordre a rapidement viré à l’émeute. La veille déjà, des jeunes à Hay Marmoucha avaient promis de s’en prendre à la police quelles que soient les sommations d’usage, destinés à les disperser.

Les plus déterminés, ceux qui ne croient plus à la lutte pacifique et qui crient que « Silmya, c’est fini ! » (le pacifisme, c’est fini) ont mis leur menace à exécution, dès que la police a décidé de les charger.

Organisés en bandes éparses, ils ont répliqué par une pluie de projectiles. En réplique, la police anti-émeute a fait usage de bombes lacrymogènes. Une première pour ces rassemblements nocturnes.

Il est déjà loin le temps où, disciplinés et serrés en rangs d’oignons, les manifestants, encadrés par un service d’ordre, entonnaient les slogans crachés par les sonos installés pour donner écho aux discours enflammés des leaders du Hirak. Et pour cause, le mouvement a été décimé par les interpellations. Reste aujourd’hui, dans la nuit d’Al Hoceima, ces ultras, anonymes qui harcèlent les forces de l’ordre à coup de caillasse.

Les protestataires ont couru dans tous les sens, tandis que d’autres ont choisi l’affrontement et ont jeté des pierres en direction de la police. Des femmes montées en première ligne ont été les premières à être asphyxiées par les gaz qui se sont infiltrés jusque dans les intérieurs des maisons.

Les plus aguerris ont retiré leurs t-shirts pour se protéger le visage et continuer à scander leurs slogans en expédiant au loin leurs pierres. Certains, touchés par les projectiles incandescents de la police ont été évacués vers l’hôpital.

Nombre de manifestants se sont réfugiés dans les ruelles adjacentes, après avoir été coursés par les policiers casqués. « La répression et la détention ne nous empêchera pas de continuer notre Hirak » ont commenté nombre d’entre eux.

Plus tôt dans la journée, les nouvelles n’étaient pas réjouissantes : les arrestations ont continué à été signalées. De nombreux étudiants de l’université multidisciplinaire de Selwan ont boycotté les examens. L’annonce faite par Saadeddine El Otmani, à l’issue du Conseil de gouvernement que « des visites de terrain allaient être effectuée sous peu » a été prise pour un énième affront alors que la revendication première des frondeurs est la libération immédiate et sans condition de plus d’une centaine de détenus, à Al Hoceima et à Casablanca. Des marches de protestations ont été organisées de jour dans les villages d’Imzouren Tmacent, à Midar et Laroui.

Des familles de détenus ont rapporté que les policiers en faction dans les parloirs du centre de détention où sont incarcérés les premiers condamnés ont empêché que les échanges se fassent en rifain afin de pouvoir contrôler leurs paroles. La défense a vivement contesté cette interdiction, allant jusqu’à faire référence à l’Apartheid sud-africain.

Le conclave initié par Ilyas El Omari au siège de la région à Tanger qui devrait se tenir ce vendredi, et regroupant politiques et membres de la société civile, enregistre défection sur défection. Dernière en date, la coalition des 22 ONG qui scrutent la situation dans le Rif a émis un communiqué jeudi soir pour marquer son désengagement. En cause principalement, « la gestion sécuritaire de la crise, les rafles à répétition dans les rangs des manifestants ».

 

Dans les villes et localités environnantes, à Ahfir, Zaio, Taourirt, Bni Tijit et jusqu’à Berkane et Oujda, des sympathisants du mouvement ont tenté d’occuper les mosquées avant d’être délogés par la force après la prière du Tarawih.

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