Les malheurs de Fatma-Zohra, victime de la terreur et de la société

Les malheurs de Fatma-Zohra, victime de la terreur et de la société

99
SHARE

Paru récemment en Jordanie, le roman en arabe «Tacharaftou Birahilik» (Honorée par ton départ) de l’auteure et académicienne l’Algérienne Faïrouz Recham, raconte, à travers les aventures et les mésaventures de son personnage principal, Fatma-Zohra, les mutations, loin d’être positives de la société algérienne, sur fond de terreur contre les femmes dans les années 1990.
L’histoire de Tacharaftou Birahilik, justement, commence au début des années 1990 avec son corollaire la radicalisation religieuse et ses conséquences désastreuses sur la société et particulièrement sur la femme. Très vite, des changements profonds s’opèrent dans la société algérienne qui assiste à une mutation vertigineuse de ses perceptions de la vie, de ses comportements quotidiens et de sa culture dans les rues, dans les lieux de culte, dans l’école et partout.
Le lecteur, dans cette ambiance lourde marquée de rancœurs et de suspicions, suit le parcours de la jeune Fatma-Zohra, élève en classe de terminale dont le rêve est tout simple : réussir au bac afin de rejoindre l’université, porte vers des perspectives prometteuses dans la vie en général et dans sa future carrière professionnelle en particulier. Mais son frère Fouad, âgé de 24 ans, ne l’entend pas de cette oreille. «Dès les premières semaines, mon frère Fouad décide de quitter l’école et n’avait d’autre occupation que de surveiller les moindres de nos déplacements, ma sœur Djamila et moi», raconte l’héroïne.
Les évènements s’accélèrent et les craintes et les rumeurs sur l’extrémisme fanatique deviennent une réalité quotidienne touchant pratiquement tout le monde et se manifestant à travers des assassinats, des massacres et des atrocités dignes d’un film d’horreur.
La malheureuse Fatma-Zohra voit s’envoler son rêve de rejoindre l’université face au refus catégorique et aux menaces de son frère qui, comble du malheur, a rejoint les groupes terroristes et qui, de ce fait, impose son diktat à toute la famille. Fatma-Zohra n’est pas au bout de ses peines. En effet, et comme un malheur n’arrive jamais seul, ses souffrances s’exacerbent après un mariage forcé à un étranger sans scrupules et dénué d’humanité qui exploite sa jeunesse, sa santé et son salaire d’enseignante et qui la jette à la rue et se remarie après avoir su qu’elle souffrait d’un cancer du sein.
Faïrouz Recham, ainsi, replonge ceux qui ont vécu cette période (la décennie noire) dans des évènements tragiques qu’a vécus le pays, il n’y a pas si longtemps. Tacharaftou Birahilik est également un plaidoyer pour les droits de la femme et un hommage à ses sacrifices et à sa résistance dans une société machiste et oppressive. L’auteure, à travers cette œuvre, se penche, par ailleurs, sur les mutations sociétales, comportementales et psychologiques de la structure de la société algérienne. Paru donc récemment en Jordanie, le roman a eu un écho favorable auprès des critiques.
Faïrouz Recham est maître de conférences à la Faculté de lettres et de langues à l’Université de Bouira. Elle compte déjà à son actif un traité littéraire intitulé Poétique des genres littéraires dans la littérature arabe: Le cas de Nizar Kebbani.

Source de l'article : cliquez-ici