Le gaz de schiste est un « easy way » utilisé par les dirigeants...

Le gaz de schiste est un « easy way » utilisé par les dirigeants algériens

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Depuis que le Département américain de l’énergie (DoE) avait lancé cette perche à l’Algérie qu’elle dispose de la 3éme réserve mondiale de gaz de schiste, les gouvernants n’arrêtent pas de s’y accrocher à chaque fois qu’ils rencontrent des difficultés pour boucler leur budget.

Aujourd’hui, face à un prix du baril en chute libre, alors chassez le naturel, il revient au galop. Après la reprise de Total de son puits à In Salah voilà que le président revient sur sa décision pour permettre au gouvernement d’aller vers le non-conventionnel, mais est ce vraiment une solution ?

Il faut reconnaître que le pétrole recule en Europe le jeudi dernier, tandis que les investisseurs semblent déçus par la publication des chiffres sur les stocks de brut et de produits raffinés qui ont été rendus publics mercredi vers 16 heures. Ainsi, les prévisions de 2,739 millions de barils ne sont pas réalisées puisque la diminution des réserves américaines, se sont établies à près de 1,661 millions de barils seulement, ce qui semble insuffisant pour booster le prix du baril qui revient à son plus bas niveau depuis novembre dernier. D’autant plus que les réserves d’essence ont elles aussi augmenté de 2,1 millions de barils. A cette heure précise correspondant à 18 h de l’Europe centrale, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en août valait 46,89 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en baisse de 1,83 dollar par rapport à la clôture de mercredi. Tandis que sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de « light sweet crude » (WTI WTI le West Texas Intermediate (WTI), aussi appelé Texas Light Sweet qui est une variation de pétrole brut faisant office de standard dans la fixation du cours du brut et comme matière première pour les contrats à terme du pétrole auprès du Nymex (New York Mercantile Exchange). Cette bourse spécialisée dans l’énergie pour le contrat de juillet cédait 1,73 dollar à 44,73 dollars.

 Le rebond du samedi 17/06/2017 d’environ 46 cents n’est en fait qu’une simple couverture pour des investisseurs pour la fin de semaine. En dépit de l’accord de l’OPEP, la production du brut a progressé de près de 336 000 baril si l’on croit le rapport de ce cartel lui-même publié mardi dernier. Ceux qui ont causé ce surplus d’offre resteront les mêmes qui ont été dérogés de la réduction de leur quota avec en tête la Libye, le Nigeria et l’Irak. Ce qui est certain c’est que chacun surveille l’autre en trichant lui-même, à commencer par les gros producteurs comme l’Arabie Saoudite et l’Iran ainsi que la Russie pour les non OPEP. Pourquoi les stocks américains reprennent le rôle du swing producer dévolue jusqu’à pas longtemps aux Wahhabites ? Par son dernier rapport l’OPEP n’avoue-t-elle pas son impuissance ? L’Algérie aura-t-elle enfin pris bonne note de cette nouvelle donne.

1- Comment sont évaluées les réserves américaines ?

Les stocks pétroliers américains sont une donnée évaluée chaque semaine par l’agence d’information pour l’énergie aux Etats-Unis. Les stocks dont il est ici question sont ceux que l’on trouve dans les entreprises américaines, qui utilisent cette matière première et qui réalisent donc des achats importants. A partir du moment où les producteurs de schiste reviennent sur la scène comme c’est le cas actuellement, les Etats-Unis limitent leur demande et offrent le surplus dans d’autres marchés notamment européen et asiatique. En général, les inventaires du pétrole aux Etats-Unis sont réalisés de manière hebdomadaire, par l’Agence internationale de l’énergie ou celle de l’information sur l’énergie, elle-même située aux USA. Il s’agit tout simplement de faire un comptage des quantités de pétrole brut accumulé par les entreprises américaines. C’est un autre organisme, l’API ou American Petroleum Institute, qui est en charge de la publication officielle de ces inventaires, réalisée chaque semaine, généralement le mercredi ou le jeudi, en même temps que les stocks de carburant et de distillat. L’état des stocks américains de pétrole est retranscrit sur le calendrier économique qu’on peut trouver en ligne mais qui est aussi fourni par tous les courtiers en contrat finance par différence dit broker CFD qui permet avec un seul compte de tout trader. Ces stocks influent sur le cours du baril. La publication des stocks pétroliers américains est d’une importance capitale pour l’analyse du marché pétrolier et l’anticipation de son évolution. En effet, les entreprises accumulent leurs stocks de pétrole en prévision de leurs besoins. Il est donc évident que ces stocks diminuent à mesure que l’activité économique et donc la demande augmente.

A l’inverse, des stocks qui augmentent sont souvent le signe d’une faible demande. Par ailleurs, lorsque les stocks baissent, les entreprises ont tendance à acheter davantage de pétrole afin de les reconstituer rapidement, ce qui est susceptible d’entrainer une hausse des prix à plus ou moins court terme. A l’inverse, des stocks importants pousseront les acheteurs à réduire leurs commandes, ce qui influera à la baisse sur le prix du baril.

2- Pendant que le prix dégringole, l’OPEP fait un calcul d’épicier

Avec une chute vertigineuse à près de 44 dollars le baril de son panier, le rapport de l’OPEP paru le mardi 13 juin évoque un « rééquilibrage tant attendu du marché » qu’elle impute aux accords scellés lors de sa dernière réunion en présence de certains pays producteurs hors cartel. Elle reconnait lit-on dans ce rapport l’augmentation de son offre à cause de la production des pays qui ne sont pas concernés par la diminution de leur quota. Elle s’établit fin mai à 32,14 millions de barils/jour, s’écartant des prévisions de plus de 500 000 barils par jour. En ce qui concerne les stocks des pays de l’OCDE, le rapport les établit, en avril, à 3,005 milliards de barils, soit 251 millions de barils au-dessus de la moyenne de cinq ans. L’organisation annonce la couleur en avouant son impuissance de faire un effort en dépit de la baisse de ces stocks qui se poursuivra en suivant la même tendance de celle de janvier à avril.

Pourquoi ? La reprise de la production de schiste aux Etats-Unis ralentit le processus de désengorgement du marché. Selon le rapport, le rééquilibrage prendra du temps et donc il faut comprendre par là que les pays dont les recettes pétrolières sont nécessaires pour l’équilibre de leur budget doivent prendre leur disposition pour ne pas s’attendre à un redressement des prix du baril, du moins sur le court terme. Ce qui semble fort probable selon de nombreux analystes, les marchés craignent que le poids de la baisse de production devienne trop lourd pour l’OPEP, et qu’elle abandonne ses efforts en 2018. Le cartel pourrait arrêter l’accord et privilégier le volume de production plutôt que le prix du baril, comme il l’a fait en 2014. Est-ce une solution valable pour tous les membres ?

3- L’Algérie revient à l’option du gaz de schiste

Le message de ce rapport semble être reçu 5 sur 5 par les autorités en Algérie qui examinaient, mercredi dernier, le programme du gouvernement Tebboune. L’hypothèse retenue est que le prix d’équilibre de 50 dollars le baril retenu pour le budget 2017 n’est pas sûr d’être atteint et donc il va falloir poursuivre une démarche d’austèrité en matière de dépenses publiques et en aucun cas recourir à l’endettement externe. Parallèlement, le président Abdelaziz Bouteflika a invité le gouvernement à valoriser davantage toutes les ressources et richesses dont dispose le pays, y compris les hydrocarbures fossiles conventionnels et non conventionnels ainsi que les énergies renouvelables.

En tenant compte du retard pris sur le programme des énergies renouvelables par rapport aux pays qui se sont lancés au même temps que l’Algérie dans le domaine du solaire comme le Maroc et le Qatar, il ne restera que l’option gaz de schiste pour augmenter la production et espérer ainsi compenser le manque des recettes à condition bien entendu d’exploiter et de placer cette ressource d’une manière rentable. Elle le sera certainement si les entreprises opératrices comme ENIE et Total, pour ne citer que celles-là s’impliquent dans l’investissement en prenant le risque. Si tel est leur intention pourquoi ne s’intéressent-elles pas au domaine minier du conventionnel qui s’étend sur près de 720 000 km² en recherche ou en prospection et autant totalement vierge ?

Rabah Reghis, Consultant et Economiste Pétrolier

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