Crise du Golfe: Pourquoi Alger évite la médiation

Crise du Golfe: Pourquoi Alger évite la médiation

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Alger semble fortement sollicitée dans la crise qui secoue actuellement le Golfe. Après le ministre qatari des Affaires étrangères, un haut responsable des Emirats arabes unis, c’est au tour du MAE iranien de venir s’entretenir avec les responsables algériens au sujet de la bien délicate situation dans laquelle se débat la région.

Abla Chérif – Alger (Le Soir) – Le ministre iranien des Affaires étrangères est donc attendu aujourd’hui à Alger. Son arrivée dans le contexte que l’on sait fait couler beaucoup d’encre depuis quelques jours.
Beaucoup s’interrogent, en effet, sur le rôle que pourrait bien mener l’Algérie dans cette crise et s’interrogent par conséquent sur l’éventualité de l’existence d’une médiation destinée à aplanir les problèmes qui minent actuellement le Golfe. Certains sont allés jusqu’à suggérer l’existence d’un calendrier de rencontres entre de hauts responsables algériens et des représentants des pays concernés par cette crise. Pourtant, et de l’avis d’observateurs très au fait des faits qui se déroulent, les évènements ont pris une allure qui n’a strictement rien à voir avec tout ce qui se dit ou se pense ici et là.

L’option de la médiation est rejetée catégoriquement par Alger qui circonscrit actuellement son action dans le cadre de partenaire à l’écoute des parties qui la sollicitent. Des diplomates arabes qui suivent de très près l’affaire avouent d’ailleurs eux-mêmes que «se lancer dans une médiation dans une situation aussi confuse, aussi épineuse est une entreprise bien périlleuse pour celui qui s’y engagera (…) les enjeux ne sont pas définis, même si on les devine, mais il reste qu’il y a plus de chances de perdre des plumes que d’en gagner».

Ceci, Alger l’a compris, confient de leur côté ces observateurs algériens. Compris que l’attitude la plus sage «est de poursuivre son rôle de pays à l’écoute de ses partenaires tout en restant à équidistance. C’est d’ailleurs cette sagesse qui lui a valu le statut qui lui est conféré aujourd’hui». Dès l’annonce de la rupture des relations entre l’Arabie Saoudite et de ses alliés, l’Algérie a, en effet, adopté une position très différente du reste de beaucoup de pays en appelant à la sérénité et à l’ouverture d’un dialogue à même de régler le différend en cours, loin de toute ingérence. Cette position a d’ailleurs été saluée y compris par les Qataris eux-mêmes.

A l’issue de ses entretiens avec son homologue algérien, le MAE qatari a déclaré que l’Algérie avait été le premier pays «à avoir rendu public un communiqué pour avoir appelé au dialogue et c’est ce à quoi nous œuvrons avec de nombreux pays dans la région». «En tant que grand pays dans le monde arabe, l’Algérie peut, de par son influence dans la région, jouer un rôle dans les relations qu’elle (l’Algérie) suit avec une grande préoccupation (…) elle peut de par son influence dans la région jouer un rôle dans les relations interarabes», a ajouté ce dernier.
Le sultan Ben Saad al-Muraikhi a, d’autre part, déclaré à la presse que sa visite entrait dans le cadre de «l’examen des relations bilatérales» et qu’il a été question des «derniers développements survenus au Golfe entre notre pays et l’Arabie Saoudite, le Qatar, les Emirats arabes unis et Bahreïn.»

D’anciens diplomates ayant longtemps travaillé sur les dossiers du monde arabe font remarquer que la déclaration du MAE qatari éclaire à elle seule toute la situation en cours et préfèrent, eux aussi, qualifier l’Algérie de «facilitateur» pour une issue positive. Il faut, d’autre part, rappeler que la visite du ministre qatari a été suivie par celle du MAE des Emirats arabes unis avec lequel ont été également évoqués les récents développements dans le Golfe.

Abdelkader Messahel a tenu à rappeler à cette occasion «la position algérienne depuis le déclenchement de cette crise et la nécessité de régler par le dialogue les différends et les conflits pouvant surgir entre pays frères et voisins».
Les échanges prévus aujourd’hui entre le ministre des Affaires étrangères iranien et son homologue algérien se dérouleront dans le cadre de cette logique.

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