Mohamed Bairi : l’importateur qui nous fait des promesses industrielles irréalisables

Mohamed Bairi : l’importateur qui nous fait des promesses industrielles irréalisables

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C’est sans doute l’annonce de la semaine. Mohamed Bairi, vice-président du Forum des chefs d’entreprise (FCE), et PDG d’Ival, représentant de la marque italienne IVECO, et anciennement de Fiat, a déclaré aux Algériens qu’il implantera d’ici le mois de juillet une usine qui produira des utilitaires Iveco Daily.  

Cette usine sera implantée à Ouled Hadadj, à l’est d’Alger.  « Nous allons commencer directement avec le système CKD  (Complete Knock Down), avec l’assemblage de 550 pièces directement au niveau de l’usine qui est ouverte à la sous-traitance », a-t-il ainsi expliqué à nos confrères de TSA. Cette annonce fantaisiste a soulevé de nombreuses interrogations car aucun projet industriel n’a commencé dans le secteur automobile directement avec le CKD.

Ni Renault, ni Volkswagen ni encore moins Hyundai, aucune marque internationale n’a pu entamer dés son installation le CKD pour la simple et unique raison que notre pays ne dispose nullement d’un tissu de sous-traitants qui permet d’atteindre un tel seuil d’industrialisation. Pour rappel, le Completely Knocked Down (CKD) est une expression qui correspond à la création d’un « lot » contenant l’ensemble des pièces détachées nécessaires à l’assemblage d’un (ou de plusieurs) véhicule(s).

Ce lot peut être complété sur place par des pièces produites localement, que l’on nomme « intégration locale ». Cette méthode est utilisée par les constructeurs automobiles pour assembler certains de leurs véhicules à l’étranger, dans le but de les commercialiser sur place, en utilisant les droits de douane plus faibles et la main-d’œuvre meilleur marché. Cela peut varier de quelques milliers de véhicules à de grosses dizaines d’automobiles par an.

Mohamed Baïri nous annonce donc que son projet ne passera même pas le SKD, les pièces pour le montage du véhicule sont en grande partie importées pour ensuite assembler le véhicules, qui est, pourtant, une étape incontournable avant d’aborder le CKD. Sans aucun argumentaire économique et industriel, Mohamed Baïri fait croire aux Algériens que ses futurs véhicules Iveco contiendront d’ores et déjà des composants fabriqués localement et atteindront un certain niveau d’intégration locale.
Ce qui est tout simplement faux et mensonger puisque l’Algérie ne dispose encore d’aucune base industrielle pour s’offrir de telles perspectives. Preuve en est, sur l’ensemble du territoire national, il n’y a que 900 entreprises  dans la sous-traitance. Oui, seulement 900 entreprises  soit 10% des entreprises à vocation industrielle. Il est à souligner, à cet effet, que parmi les 900 000 entreprises économiques, dont la plupart sont des PME (Petit et Moyenne entreprises) et des TPE (Très petite entreprise), seulement 9 000 entreprises activent dans le secteur industriel, ce qui ne représente qu’un ratio de 1%.
En Tunisie, le taux des entreprises en sous-traitance par rapport au tissu industriel représentent 20%, pour 1 000 entreprises de 5 000 entreprises industrielles. Pour le Maroc, ce taux est de 28%, pour 2 000 entreprises activant dans la sous-traitance de l’ordre de 7 000 entreprises industrielles.
Mohamed Baïri affirme bel et bien que son usine sera implantée en Algérie. Comment va-t-il donc faire pour développer un taux d’intégration  ? En réalité, ce responsable du FCE démontre qu’il ignore tout de l’industrie car il n’a jamais travaillé sur un processus de production.
Mohamed Baïra a toujours exercé dans l’importation avec sa société Ival qu’il possède en compagnie de Naim Mazouz, le fils du milliardaire Ahmed Mazouz, l’un des hommes d’affaires les plus proches d’Abdelmalek Sellal, l’ancien Premier Ministre.
Mohamed Bairi est associé uniquement dans deux petites entreprises qui commencent à peine à se lancer dans la production d’un produit précis. Il s’agit de  VITREOUS.  Basée à Oran, elle fabrique des produits pharmaceutiques. Et Cloud Tolcio Industrie, située à Rouiba, elle fait dans la fabrication de tablettes et smartphones. Deux projets mineurs qui n’ont, pour l’heure, aucun impact important sur l’économie nationale.
C’est dire que cet importateur n’a nullement l’étoffe d’un industriel. Comment a-t-il donc bénéficié des autorisations nécessaires, sans compter les privilèges fiscaux et parafiscaux, pour se lancer dans une aventure dont il ne maîtrise pas les tenants et aboutissants ?  Seul Abdesslam Bouchouareb, l’ancien ministre de l’Industrie, peut nous répondre…

 

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