Lounis Ait Menguellet, en exclusivité, à l’expression: « Je vais passer à l’écrit »

Lounis Ait Menguellet, en exclusivité, à l’expression: « Je vais passer à l’écrit »

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Dans son spectacle à Oran, Lounis Ait Menguellet a rassasié même les plus gourmands, avec un plateau garni d’un verbe sublime à méditer, qui vous fait planer et nous laisse rêver…
L’auteur et compositeur Lounis Ait Menguellet a décidé de pousser vers l’avant sa carrière d’artiste en l’enrichissant par la création littéraire dont principalement la rédaction de ses Mémoires. «Je vais passer à l’écrit», a-t-il confié à L’Expression.

«On m’a déjà évoqué un tel sujet», a ajouté le compositeur soulignant qu’il faut déblayer le terrain et trouver le temps nécessaire pour concrétiser ce projet en gestation surtout que Lounis est souvent convoité pour les spectacles. Désormais, Lounis Ait Menguellet s’est dégagé de toutes les embûches susceptibles de l’entraver dans son oeuvre en décidant de passer à l’action. C’est donc le choix du rédacteur de son oeuvre qu’il l’a quelque peu tarabusté un tant soit peu avant de trancher. «Je serais le rédacteur de mon oeuvre sinon ce sera quelqu’un de mes enfants», a-t-il expliqué. Car dit-il, «mes enfants sont les seuls à même de restituer fidèlement mes Mémoires».

Briseur de tabous
Pour son spectacle de dimanche soir, Lounis Ait Menguellet a été comme à l’accoutumée, égal à lui-même. Admiré, adoré et adulé à Oran, il a fait le plein. Ses fans dispersés aux quatre coins de la wilaya d’Oran ce sont rassemblés le temps d’une soirée. Comme dans tous ses spectacles à travers le pays et le monde, ses fans vibrent à la mesure de sa célébrité. Pourquoi donc? Sa poésie, pontifiée d’une métaphore laborieuse, est souvent difficile à décrypter mais donne à l’esprit une sublime liberté d’envol.

«Quand on écoute Lounis, on plane, on se libère des contraintes de la société et de ce bas monde. On se voit pousser des ailes. Du haut de ses 68 ans, le souffle de Lounis garde intacte son aura qui n’a pas pris une seule ride. En dépit des brusques changements que connaît le monde artistique et notamment la chanson kabyle, Ait Menguellet reste zen. Il n’est pas tumultueux dans ses déclarations à la presse en défendant son style, son verbe, ainsi que le message qu’il véhicule dans les couplets qu’il fredonne. Pour autant, il ne se résigne pas en ne jugeant pas utile de se répéter dans les lignes des paraphes qu’il signe de sa voix qu’il n’a pas jamais troquée ni mutée.

Cinquante années après son lancement dans l’art et la production, Lounis Ait Menguellet ne se fait pas d’ennemis. Il chante tout simplement sans faire la gueule ni vanter ses exploits bien qu’il continue à dominer le milieu de la scène rien qu’avec sa guitare soutenue par son genou, tout en câlinant ses fils par ses bouts des doigts donnant naissance à des sonorités captivantes. Lounis Ait Menguellet est tout comme le poète bohémien Si Moh U Mhend qui ne tombe pas dans le piège de la réplique ni encore moins dans la reddition. Il ne capitule jamais quand il s’en prend à des thématiques existentielles, mais surtout celles portant sur des sujets demeurant d’actualité.
Lounis Ait Menguellet a «outrepassé» toutes ses «prérogatives» en franchissant toutes les bornes de la célébrité sans transgresser l’éthique régissant le domaine de l’art ni celle bordant ses limites. D’ailleurs, il a prouvé sa promiscuité avec ses admirateurs en signant son spectacle qu’il a animé dimanche soir à Oran en se pointant à l’heure devant un énorme parterre qui l’attendait. Chez Lounis Ait Menguellet, l’amalgame ne subsiste pas.

Il inscrit fidèlement ses rencontres avec ses «fidèles» des localités du pays. «Nous sommes venus de la wilaya de Saïda rien que pour s’inspirer du prétoire de Lounis», dira Rabah accompagné de sa famille composée de ses parents, sa soeur, sa femme et ses enfants. Lounis, lui, n’ignore point ni ne bafoue une telle complicité le liant à ses fans. Il largue son chant dès qu’il a rallié modestement la scène tout en saluant timidement les présents. Comme prélude d’un spectacle réussi, Lounis a commencé par papoter avec sa guitare affectionnant ses fils avant de se plonger dans le déversement d’un vocabulaire composant les différents couplets de ses chants. Au fur et à mesure de l’évolution de son spectacle, Ait Menguellet n’a pas non plus laissé les présents sur leur soif en leur servant, à en rassasier les plus gourmands, un plateau garni d’un verbe interpellant, méditant et nécessitant la mise en fonction de toutes les neurones pour pouvoir décrypter le secret mystérieux entourant les tornades des messages transmis par le chantre.

Les présents se servent et servent l’artiste en l’ovationnant malgré le prix de 1000 dinars/ticket instauré par l’institution organisatrice, l’Office national de la culture et de l’information. Ne se défaisant jamais de son look habituel, Lounis Ait Menguellet a tout simplement animé un spectacle tout comme les autres. Et ceux qu’il anime dans la ville d’Oran ne lui servent pas de jauge pour évaluer sa célébrité de toutes les façons acquise. A Oran tout comme ailleurs, Lounis Ait Menguellet a chanté l’amour et ses péripéties, la vie et sa rudesse, l’aventure sociale liant les hommes et les femmes.

Il a plaidé pour l’unisson et à l’algérianité. Son spectacle a été composé d’un bouquet de chansons comprenant tous les sujets abordés aussi bien sur le passé que dans le présent, tout en fredonnant quelques titres de son dernier album, «Tudert nni» ou encore (Une certaine vie). Cet album comprend sept titres. Il a été mis dans le marché le 29 avril dernier. Avec le titre phare «Tudert nni», comme avec «I w aggad-iw» (Aux miens), l’artiste rend un hommage appuyé à son public de plusieurs générations, fidèle de toujours.

Hommage également, à l’amour encore, avec «Tajmilt i tayri» (Hymne à l’amour) et à la jeunesse avec «Slam I Temzi» (Ode à la jeunesse). Dans «Taqsit Niden» (Une autre histoire), l’artiste invoque «le dérapage d’après l’indépendance marquée par une chape de plomb qui est tombée sur toute la société». «Yella was» (Il y a un jour), dit «les jours sans» et que «Zer kan» (regarde), Lounis évoque, à travers ses titres, «la terre, l’air, l’eau et le feu». Il ne s’agit pas là d’une idylle ni encore moins d’une amourette platonique auxquelles s’est livrée l’artiste dans son chant. Il ne s’agit pas non plus d’une nostalgie reposant sur le verbe stigmatisant. Lounis Ait Menguellet ne se place guère en tant que moralisateur de société ni donneur de leçons. Bien au contraire, il chante tout simplement tout haut ce que les autres pensent tout bas. Son chant passe. La première écoute, «Tudert nni» instaure un titre immanquable qui donne le ton à l’album.

Lounis, est-ce la… fable?
Dans son puissant poème, porté par une scansion soutenue, l’interprète y prend un plaisir manifeste et un ésotérisme exquis d’arrangements, principalement de guitare et de percussion. Lounis Ait Menguellet convie ses admirateurs à ragaillardir en remontant le mouvement de la mémoire, le fil des réminiscences et des rêvasseries avec leur défilé de pensées émiettées sur le chemin, souvent négligées ou encore omises et pas toujours identifiables faute d’une bonne réverbération. Il devient alors possible dit le poète, de s’expliquer sur l’origine des blessures et peut-être de trouver la paix. Le public l’ovationnait à satiété en l’écoutant, tout en lui accordant son oreille musicale attentive, mais aussi l’esprit pensif pour tout simplement… décrypter l’incroyable vocabulaire que Ait Menguellet colle à ses compositions. Du haut de ses 68 années, l’artiste ne compte pas s’arrêter à mi-chemin.

Derrière un demi-siècle où réside une si belle aventure artistique, c’est l’histoire prospère d’une poésie propre à Lounis Ait Menguellet, de quoi remplir des fascicules entiers et enrichir des centaines d’études universitaires sur l’oeuvre d’un artiste qui ne se place aucunement dans la case des «chanteurs hâbleurs vantant ses exploits».
D’ailleurs, Lounis Ait Menguellet continue à chanter la vie et son labyrinthe et ses inextricables couloirs difficiles à entreprendre si l’on ne prémunit pas de la sagesse, tout comme l’a toujours été l’artiste durant toute sa vie, aussi bien en tant que producteur de poèmes au dictionnaire pudique, qu’en tant que simple citoyen menant une vie normale dans une société minée par tant de paradoxes.

Cette vie est pétillante pour certains et fade et humectée de mille besoins pour plusieurs milliers, les indigents en particulier. C’est tout simplement Lounis, qui chantait qui, continuant à chanter, tapote sa guitare et déclame sans se rechigner ni verser dans l’amalgame de l’exacerbation ni dans la détestation et le nihilisme.

Lounis ne voûte pas ses épaules
Né en 1949, il a grandi dans une bourgade, perchée sur les hauteurs du Djurdjura, Ighil Bamas près de l’ex-Michelet dans la wilaya de Tizi Ouzou. Lounis Ait Menguellet a passé une
enfance semblable à celle des enfants de son âge, ni ange ni démon. Si Lounis venait tout juste de célébrer ses 50 années de chant, sa relève est à l’avance assurée tout en assistant de son vivant à l’émergence des membres de sa famille se transformant en artistes aguerris comme Djaâfar et Tarik Ait Menguellet.
Djaâfar a, à plus d’un titre prouvé ses talents dans la composition, les arrangements et l’interprétation. Idem pour Tarik, surnommé «TAM» investi dans le chant, les arrangements, la composition et la littérature. Mission accomplie pour le procréateur du verbe passionnant. Pour Lounis, «De même que le ciel a besoin d’étoiles, les personnes aussi ont besoin de l’Artiste…».

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