Forum d’El Moudjahid: Les crimes coloniaux en débat

Forum d’El Moudjahid: Les crimes coloniaux en débat

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Le Forum du quotidien El Moudjahid a reçu l’association Mechâal Echahid qui a invité Maître Fatma-Zohra Benbrahem, le professeur d’histoire Mohamed Lahcène Zeghidi et quelques anciens combattants de la Révolution algérienne, venus témoigner de la tyrannie et la barbarie infligées par la France coloniale.

Mounira Amine-Seka – Alger (Le Soir) – Me Benbrahem a ouvert la conférence en décrivant «les dépassements judiciaires de l’Etat colonisateur qui, après cinquante-cinq ans d’indépendance, continue à jouer sur les mots et les descriptions des faits de l’époque. Si la France parle aujourd’hui de “La guerre d’Algérie”, c’est pour se mettre à l’abri du traité de Rome de 1998 qui parle de crimes contre l’humanité.

Si, avant cela, la France parlait des événements d’Algérie, depuis qu’elle a ratifié le traité de Rome, elle parle de guerre d’Algérie. Mais de quelle guerre parle-t-on quand on dit guerre ? Les Algériens avaient-ils une flotte, des armes, des avions ou autre arsenal de guerre pour faire face à cette grande puissance de l’époque ? La France qualifiait la Révolution algérienne de mouvement à caractère organisé, systématique, massif et scientifique, condamnant à la peine capitale toute personne faisant partie ou sympathisant avec le Front de libération nationale, sauf que les condamnations étaient exécutées par l’armée, au nom de la République française, sous les lois votées par le peuple de la République française».

Le premier point de l’article 5 de ce traité dit qu’«en vertu du présent statut, la cour a compétence à l’égard des crimes suivants : a) le crime de génocide ; b) les crimes contre l’humanité ; c) les crimes de guerre ; d) le crime d’agression». Il est vrai que tous ces points sont vérifiables dans les musées des deux pays, que ce soit par les dizaines de crânes qui ornent les musées français ou encore les images horribles qu’on trouve dans les musées algériens.

Relevant l’aspect judiciaire, Me Benbrahem a éclairé l’assistance sur «le système judiciaire qui avait fini par être sous la domination politique, au point d’instaurer des tribunaux d’exception où on passe d’une juridiction civile à une juridiction militaire, depuis que l’état d’urgence a été établi en 1955. En 1956, le gouvernement français aura des pouvoirs spéciaux. Par le décret de 1960, des juges militaires sont mis en place, ce qui fait disparaître l’Etat de droit.

Pour faire face à cela, explique-t-elle, le procès de rupture est lancé à travers les avocats de défense qui s’abstiennent de plaider, ce qui oblige la cour de renvoyer le procès». Les révolutionnaires en robe noire se soulèvent alors.
Seulement, la France coloniale, sous les ordres du général de Gaulle, lance la chasse aux avocats sympathisants, en envoyant certains dans des camps, comme celui de Béni Messous, celui de Berouaguia ou simplement en radiant d’autres du barreau d’Alger ou de Paris.

Ces tribunaux spéciaux d’exception qui émettaient le jugement avaient pris le dessus, au point où même l’heure de l’exécution du condamné était falsifiée. Pour exemple, le sympathisant Yveton Fernand a été exécuté le 11 février 1957, à 5h 10 minutes ; et Lakhnech Mohamed le fut seulement deux minutes plus tard. «Impossible, dénonce Me Benbrahem, surtout que le rituel de la guillotine prend du temps pour y allonger le condamné, bien positionner sa tête, laisser tomber la lame, confirmer sa mort par le médecin, prendre une photographie de la mise à mort, récupérer sa tête pour la mettre dans le panier si elle n’est pas tombée dedans et enfin, débarrasser la planche de la machine infernale du corps pour ramener le condamné suivant».

Effectivement, c’est chose impossible. Ces heures d’exécutions falsifiées sont également retrouvées dans le témoignage de ammi Tahar, un ancien combattant qui n’a pour source que les relevés des registres laissés par la France, qui déclare «être très ému de pouvoir participer au 60e anniversaire de la quadruple exécution à la guillotine de Bellamine Mohamed Améziane, à 3h25 ; de Radi H’mida, à 3h26 ; de Lakehal Boualem Bourahla, à 3h27 et de Saïd Touati, à 3h28, parvenu le 20 juin 1957. Les quatre furent accusés d’avoir mis deux bombes, une au stade d’El-Biar et l’autre à l’actuel stade du 20-Aôut.

M. Laïd Lachgar a émis le souhait de voir la jeunesse d’aujourd’hui assimiler la morale de cette révolution qui devrait être revue d’une manière scientifique, de manière à ce que tout soit mis en relief, car «la révolution algérienne qui a démarré de 22 jeunes hommes anonymes a marqué le monde et fut bien la seule et unique révolution à se faire jusque sur le territoire du colonisateur. Notre révolution a marqué les continents africain et asiatique lesquels, pour certains pays, ont fini par acquérir leur indépendance, après la nôtre. Cette colonisation fut féroce, impitoyable et barbare.

La France elle-même dit avoir recensé 9 millions d’habitants en envahissant le territoire et 132 ans après, à notre indépendance, elle a déclaré y avoir laissé 9 millions». Un chiffre qui laisse perplexe et renvoie à une question : les Algériens vivaient-ils centenaires à cette époque, puisque plus d’un siècle plus tard, le même chiffre est affiché ? «La France doit reconnaître ses crimes.», conclut-il.

Le professeur Mohamed Lahcène Zeghidi a, lui, rappelé que cette révolution aux dimensions politiques et stratégiques a marqué bien des hommes à travers le monde, dont le grand Madiba. Effectivement, Nelson Mandela avait dit : «La guerre d’Algérie a fait de moi un homme.» Il faudrait savoir que la Révolution algérienne est enseignée dans les plus grandes écoles et universités à travers le monde, dont les Etats-Unis d’Amérique. Jamais personne n’a vu un condamné aller vers la guillotine sans crainte et de surplus crier «Vive l’Algérie».

La venue de la guillotine en Algérie n’est que l’extension de la répression et du terrorisme politique, usant d’une justice faite sur mesure pour exécuter les rebelles à tour de bras. «Boualem Rahal et le petit Omar n’étaient que des enfants qu’on n’a pas hésité à exécuter. Tous ces massacres avaient pour but de préserver l’Algérie française. Je rappelle que l’Algérie n’a jamais été armée pour faire face au colonialisme français et, par conséquent, l’appellation de guerre ne vient s’installer depuis 1999 que pour protéger la France, afin que l’accusation de “crime de guerre” ne lui soit pas attribuée.»

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