Avec Bled Runner, Fellag chamboule le rire belge Le chameau entêté au...

Avec Bled Runner, Fellag chamboule le rire belge Le chameau entêté au 140 – Bruxelles

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De notre bureau de Bruxelles, Aziouz Mokhtari
Au théâtre 140 à Bruxelles, quelques minutes avant le f’tour, plus de tickets pour le spectacle de Fellag. Le Ramadhan n’y est pour rien, la foule nombreuse qui a fait le déplacement pour Bled Runner était européenne. Enfin, de type européen !
Fellag dans un spectacle lèvera un peu le mystère.
D’entrée, il demande aux Belges de se transformer en Français pendant une heure et demie. L’exercice n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. Depuis Waterloo et la déroute de Napoléon, un Belge est un Belge et un Français est un Français. Pourtant, les présents acceptent la proposition. Ils auront quelques instants après réponse à la transaction voulue par l’Algérien des planches et de l’auto-dérision. Dans son village natal, la montagne autour de Béjaïa, les premiers Français-Roumis qu’il a côtoyés étaient des… musulmans sénégalais, peut-être artilleurs, peut-être pas, dépêchés par l’armée coloniale pour confisquer les fusils de chasse des autochtones, des Algériens, ces créatures trouvées sur place et qui gênaient tout le monde.
Colons, sénégalais des armées coloniales, contingents de la légion étrangère et officiers chargés d’établir l’état civil des Algériens découverts sur place. «Absurde, second degré, bonne humeur et humour noir : Fellag rit de tout et surtout de ce qui unit et désunit les cultures», titre le lendemain un grand quotidien de la presse bruxelloise. Cependant, relate un autre chroniqueur de la chose théâtrale, Fellag est avant tout «un provocateur, il observe les travers des uns comme des autres, dénonce les clichés et tout ce qui sème la zizanie entre les hommes».
Sans concession et sans idiotie, surtout, Fellag pique où ça fait mal, désarçonne la bienséance, s’attaque aux certitudes béates ; d’un mot, il s’éclate tout en n’épargnant personne. Les Belges à qui Fellag a demandé de jouer les Français, la durée de son show, ont réussi leur entrée dans le monde du théâtre, parce que, eux aussi, ont eu leur Algérie française, c’était le congo belge.
C’est ce qui fait écrire à l’un des spécialistes de l’humour sans pitié de Fellag que l’Algérien «est un indispensable prophète».
Il l’est d’autant plus que l’on sait que nul n’est prophète dans son pays.
Fellag au théâtre 140 n’était pas dans son pays. Qu’à cela ne tienne !

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