La majorité des Algériens n’y songent plus: Les vacances, connais pas !

La majorité des Algériens n’y songent plus: Les vacances, connais pas !

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Le mot «vacances» tend à disparaître de nos jours du vocabulaire de l’écrasante majorité des algériens en raison de la baisse inquiétante de leur pouvoir d’achat, mais surtout à cause de l’absence d’opportunités qu’offre le secteur du tourisme local.

D’aucuns vous diront que face à la difficulté de se permettre de vraies vacances, ces dernières consistent aujourd’hui en des séjours irréguliers au bord de la mer avec tout ce que cela engendre comme désagréments aux irréductibles estivants qui font souvent contre mauvaise fortune bon cœur. Ils ne sont pas en effet nombreux, ces Algériens que l’on catalogue encore de nos jours dans la catégorie «classe moyenne», à se permettre des vacances proprement dites, pour de multiples raisons, au point où rares sont ceux qui recourent à réserver un budget spécial vacances faute de moyens, eux dont la majorité peine déjà à subvenir aux besoins de la vie quotidienne face à la hausse vertigineuse des prix de tous les produits.

Face à cette situation de crise qui a laminé le pouvoir d’achat de la majorité des Algériens, il existe encore parmi ces derniers ceux qui se démènent pour s’offrir quelques jours de détente et ce, quel qu’en soit le prix. Mais ont-ils vraiment la possibilité d’opter pour la destination de leur choix ? Peuvent-ils se permettre les vacances de leurs rêves dans leur propre pays ? Des questions auxquelles les réponses sont connues d’avance, pour des raisons évidentes. En effet, quel est cet Algérien que l’on qualifie encore de la classe moyenne, capable de s’offrir des vacances en famille, dans un pays de l’autre rive de la méditerranée, sans voir son rêve s’écrouler au bout de quelques jours, en raison des multiples embûches auxquelles il devra faire face. «J’ai émis le souhait de me rendre en Espagne avec ma femme et mes deux enfants juste après les fêtes de l’Aïd. Un projet qui date du mois de janvier dernier et qui a fini par tomber à l’eau, car je n’ai pas pu obtenir le visa qu’une agence de voyages m’avait pourtant promis», nous affirme Mouloud, médecin généraliste à Tizi Ouzou. Pour notre interlocuteur, programmer des vacances à l’étranger lorsqu’on vit dans un pays comme l’Algérie est une vraie gageure.

Seuls quelques irréductibles…

Faute d’organismes fiables en matière de réservations et d’organisation de circuits touristiques à l’étranger comme cela se fait dans les autres pays voisins, les citoyens algériens sont obligés de recourir au système D pour pouvoir s’offrir quelques jours d’évasion en dehors de nos frontières. «J’aurais dû passer par un visa professionnel en faisant établir une invitation de complaisance par un organisme de santé espagnol comme me l’ont suggéré des collègues, et profiter ainsi d’un visa, mais comme je suis quelqu’un de très strict, me voilà aujourd’hui contraint de revoir mes plans», ajoute-t-il d’un air désolé, non sans affirmer que faute de temps, il pense vraiment à mettre une croix sur ces vacances, lui dont le congé de trois semaines débutera le 1er juillet. Pour d’autres, l’unique possibilité de passer des vacances à l’étranger reste la Tunisie.

Une destination très prisée par les algériens, même au temps fort de la crise qui avait secoué ce pays, en témoignent les chiffres annoncés par les autorités tunisiennes à chaque fin de la saison estivale. Le choix d’opter pour la Tunisie est dicté par l’attractivité des prix de séjour, mais surtout par la qualité des services offerts et surtout le professionnalisme des organismes tunisiens chargés de la gestion du secteur, affirment les adeptes de ce pays. C’est le cas de Malika, propriétaire d’un salon de coiffure à Draâ Ben Khedda, qui s’apprête à se rendre à la ville tunisienne de Hammamet en compagnie de sa mère et de son jeune frère pour trois semaines de vacances. «C’est la troisième fois que je voyage en Tunisie pour des vacances. Je n’ai pas besoin de trop me casser la tête, car tout se fait d’une manière simple à travers une agence agréée par le complexe touristique que j’ai choisi.

On nous a proposé une réduction de 40% en plus de la gratuité pour un premier enfant âgé de moins de 2 ans, ce qui est de loin meilleur par rapport à un séjour d’une semaine dans un hôtel d’une ville côtière algérienne où les prix sont inabordables, en plus d’un service qui laisse vraiment à désirer», témoigne-t-elle. A propos justement des vacances locales, rares sont ceux qui croient encore en leur existence, en raison de la situation catastrophique du secteur local du tourisme, en dépit des annonces ressassées à longueur d’année par les pouvoirs publics sur la nécessité d’orienter l’investissement sur la relance du tourisme pour en faire un secteur pourvoyeur de devises en dehors des hydrocarbures. Un discours creux vite rattrapé par la réalité, au point où les responsables en charge du secteur dans les wilayas, faute de vrais projets structurants, ne trouvent pas meilleure recette pour garnir leurs bilans que d’exhiber le nombre de séjours en bord de mer comme une échappatoire pour cacher le marasme ambiant d’un secteur inexistant.

L’Algérie a raté le coche…

Le secteur du tourisme continue de collectionner les mauvais points. Le constat demeure sans appel : l’Algérie éprouve toutes les peines du monde à séduire. Elle est totalement boudée par les touristes, y compris par les Algériens qui, eux-mêmes, préfèrent passer leurs vacances ailleurs. Pourtant, les atouts que présente le pays ne manquent pas. Inutile de les sérier ici. Le citoyen lambda peut aisément les énumérer.

A commencer par la stabilité sécuritaire qui, par les temps qui courent, est devenue la première question que se pose tout touriste avant d’opter pour une quelconque destination. Des experts internationaux, spécialisés dans le tourisme, ont constaté que depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, la perception du risque politique auquel peuvent s’exposer les voyageurs a changé. Elle ne concerne plus seulement les conflits internationaux, mais aussi les menaces qui peuvent peser sur la stabilité nationale des destinations. L’impact de l’image politique et sécuritaire sur le tourisme est devenu par conséquent très important, voire déterminant dans le choix des touristes et des agences de voyages. Sur ce plan précisément, l’Algérie a malheureusement complètement raté l’occasion de se faire une petite place au soleil. La stabilité politique et sécuritaire depuis les deux dernières décennies n’a pas servi à relancer la destination Algérie. Pis encore, la dégradation sécuritaire en Tunisie ces dernière années, et de manière générale dans toute la région, n’aura été au final d’aucun profit pour le pays.

Les «printemps arabes» qui ont éclaboussé de nombreux pays depuis 2011- mettant par la même le secteur du tourisme à genoux, en Tunisie, en Libye et en Egypte – auraient pu constituer une véritable opportunité pour placer l’Algérie sur le marché du tourisme mondial. Cela aurait été une véritable aubaine pour l’économie nationale frappée de plein fouet par la crise pétrolière. Qu’est-ce qui a été fait depuis cette fameuse «déferlante révolutionnaire» ? Pas grand-chose, faut-il le constater. Six longues années sont passées depuis, et le secteur du tourisme demeure dans un état lamentable et incapable de contribuer à l’épanouissement du pays. On ne cessera jamais de le dire, ce secteur est un gros pourvoyeur d’emploi et donc de richesses. Des pays, ils sont nombreux, comptent entièrement sur ce secteur stratégique. En Europe, en Amérique ou en Asie, il est mis au cœur des différents programmes politiques et économiques. En Algérie, la volonté de redonner du souffle à ce secteur existe bel est bien mais se traduit très peu sur le terrain. Les officiels ne manquent pas d’appeler à redoubler d’effort pour sortir le pays de sa quasi-dépendance aux hydrocarbures. Des séminaires et des journées d’étude sont organisés tout au long de l’année.

Les différents ministres qui se sont succédé à la tête du département du Tourisme ont tous promis de remettre sur les rails ce secteur mais jusqu’ici sans grand succès. Le défi reste donc entier. L’Algérie peut très vite devenir une destination de choix. L’exemple de la Tunisie est là pour le rappeler. Notre voisin de l’Est est en train d’accomplir un véritable miracle. Boudée il y a quelques années par les touristes pour des raisons sécuritaires, la Tunisie est en train de relever sereinement la tête. Ce n’est pas encore le grand rush des années d’avant la chute de Ben Ali mais la saison 2017 promet d’ores et déjà de belles surprises.

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