Mosquée gonflable : parcours d’une intox de l’Algérie à la France

Mosquée gonflable : parcours d’une intox de l’Algérie à la France

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Des mosquées gonflables sur les plages françaises et algériennes ? Vraiment ? C’est ce qu’essaient de faire croire à leurs lecteurs des pages Facebook proches de l’extrême droite, dénonçant un énième signe de « l’invasion des islamistes », selon leurs mots. Une intox populaire en France, mais qui trouve naissance en Algérie. Décryptage.

Sur les réseaux sociaux, vous avez sûrement vu passer cette photo : une sorte d’igloo en plastique gris foncé, avec un minaret et un croissant blanc sur le « toit », une « mosquée gonflable » prétendument aperçue sur une plage à Cannes.

En s’attardant une minute sur la photo, le montage est grossier. Le site qui l’a publiée le 1er août, Secret News, est spécialiste des fausses informations présentées sous un angle satirique et humoristique. Malgré la blague flagrante, l’article est partagé près de 6000 fois et 16 000 commentaires sur Facebook, souvent au premier degré.

Si cet article est une parodie, Secret News n’a pas inventé cette histoire de toutes pièces. Le site a repris un article du site algérien K Direct.info, qui affirme que la mosquée en plastique a été aperçue en Algérie. Cet article a par ailleurs été repris par de nombreux sites proches de l’extrême droite, comme F de souche ou Résistance républicaine.


K Direct, un site algérien peu fiable

« Les premières mosquées gonflables, viennent de faire leurs apparitions (sic) sur les plages algériennes, afin de permettre aux fidèles de faire leurs prières sur les plages. Ces mosquées gonflables sont installées un peu partout par des groupuscules d’islamistes salafistes sans autorisation, qui trouvent que les Algériens oublient la religion quand ils sont à la plage », affirme le site K Direct.info dans un article non-signé, publié le 28 juillet 2017.

Dans cet article, plusieurs éléments attestent que l’information est floue : aucune indication sur les lieux où auraient été vues les mosquées, ni la date supposée de l’installation de ces mosquées. L’article mentionne « des islamistes » et les intentions de ces derniers, sans jamais les nommer ni les citer directement.

Le responsable du site K Direct, à l’origine de la rumeur, contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, détaille en privé. Il affirme finalement qu’il n’y aurait eu qu’un seul cas, et pas plusieurs comme il l’avait écrit. La mosquée « a été installée sur une plage à El Kala par un islamiste, rapidement approché par la police qui lui a ordonné de la désinstaller ».

Il estime que « c’était une tentative d’islamisation des plages algériennes, un forcing » et qu’il a obtenu l’information par « un ami qui était sur une plage d’El Kala ». Selon lui, l’incident aurait eu lieu le 27 juillet dernier.

Or, cette « mosquée gonflable » ne semble exister que dans l’article de K-direct : France 24 a contacté un hôtel situé sur la plage d’El Kala. Le standardiste, un habitant de la ville, explique n’avoir jamais vu ou entendu parler d’une mosquée gonflable, bien que passant ses journées au contact des baigneurs et ayant une vue directe sur les deux plages de la ville.

La photo d’un catalogue de produits gonflables turcs

Au-delà des informations fausses présentées dans l’article de K direct, c’est également la même photo qui illustre tous les sujets sur les « mosquées gonflables ». Et elle n’a rien à voir avec l’Algérie.

En trois clics, on peut voir qu’elle vient de Turquie grâce à la recherche inversée de Google images. Des recherches complémentaires permettent de retrouver la source originale de la photo : un site turc qui commercialise toutes sortes de produits gonflables, comme des enseignes publicitaires ou des jeux pour enfants.

En 2014, l’entreprise Havalı İşler, basée à Antalya (sud), a diffusé un communiqué dans la presse turque, annonçant la mise en vente d’une « petite mosquée portative », qui s’installe en « seulement cinq minutes ». Le site précise qu’elle fait dix mètres par dix mètres.

Des mosquées gonflables similaires sont par ailleurs vendues par un autre site : Balorama. Elles existent donc belle et bien, mais uniquement via des sites turcs.

Sur les réseaux sociaux turcs, la rédaction des Observateurs n’a pu trouver aucune trace d’une véritable utilisation de ces « mosquées » à la plage ou dans des jardins publics. Interrogé à ce sujet par France 24, le responsable de K Direct.info concède que « la photo vient de Turquie, c’était juste une illustration ». Pourtant, c’est bien cette image qui, partagée sur Facebook et Twitter, induit en erreur les lecteurs et a provoqué de très nombreuses réactions hostiles.

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