Les chiffres invraisemblables du tourisme à Tizi Ouzou: Qui a vu ces...

Les chiffres invraisemblables du tourisme à Tizi Ouzou: Qui a vu ces quatre millions de touristes?

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Il est de notoriété publique que les touristes étrangers séjournant à Tigzirt et à Azeffoun se comptent sur les doigts d’une seule main.

Paris, ville la plus fréquentée par les touristes, en a accueilli quelque 31 millions durant l’année 2016. Tigzirt et Azeffoun n’auraient, selon les chiffres de la direction du tourisme, rien à envier à cette grande métropole. En un seul mois, juillet, elles ont accueilli quatre millions de touristes. Imaginons un peu le nombre de touristes accueillis durant 12 mois.

Les chiffres donnés par cette direction ne reflètent pas la réalité. Ils sont pour le moins irréalistes. Il faut vraiment croire aux extraterrestres pour admettre un si grand nombre à moins qu’ils expliquent la nature de ces touristes. S’il y avait au moins un millier d’étrangers, ils auraient été aperçus au niveau des aéroports. Mais rien ne laisse apparaître une telle ruée. Si ces touristes étaient des nationaux, venus des autres wilayas, ils seraient hébergés dans les infrastructures hôtelières des deux villes. Ces dernières, aux capacités d’accueil ne dépassant guère les quelques centaines de suites, toutes catégories confondues, ne peuvent accueillir ce chiffre invraisemblable.

En effet, il est de notoriété publique que les touristes étrangers séjournant à Tigzirt et à Azeffoun se comptent sur les doigts d’une seule main. Ceux que la direction du tourisme appelle des touristes sont en fait les personnes qui viennent des villages des alentours. Chaque matin, ils arrivent de tous les recoins de la wilaya de Tizi Ouzou, par milliers, c’est vrai, mais sont-ils à classer dans la catégorie des touristes?

En fait, plusieurs analyses peuvent être faites à la lecture de ces statistiques. De prime abord, l’on constate aisément que le développement du tourisme n’est pas pour demain. Les chiffres sont une chose trop sérieuse pour qu’ils soient pris avec une aussi grande légèreté. La définition du mot touriste est un préalable par lequel passe toute stratégie de développement. Le touriste est une personne qui arrive dans une ville ou un site avec un budget à dépenser d’abord dans l’hébergement qui profiterait aux hôtels et autres sites d’hébergement. Puis ce touriste même pris dans sa dimension nationale, serait source d’argent pour la ville mais une source qui requiert des conditions d’accueil, lesquelles n’existent pas encore dans les deux villes. A Azeffoun ou à Tigzirt, il est surréaliste de croire à la possibilité d’accueillir des touristes par millions. Les capacités d’accueil des hôtels toutes catégories confondues ne dépassent pas les quelques centaines de lits.

Enfin, même par centaines de milliers, ces touristes qu’on doit appeler estivants doivent trouver les moyens nécessaires afin de rester au moins quelques jours. Pour le moment, ces conditions ne sont guère réunies. Avant-hier, la ville d’Azeffoun a été paralysée par une grève des commerçants à cause du manque d’eau potable durant tout le mois de juillet justement, qui a vu «l’affluence de quatre millions de touristes». A Tigzirt, les quelques automobilistes qui viennent des villages voisins passer une journée sur la plage se retrouvent prisonniers d’un plan de circulation calamiteux.

Dépourvue d’un véritable plan de circulation, cette cité, fondée par Septime Sévère le Berbère, n’accueille que les estivants. Les quelques personnes au langage peu familier sont les émigrés qui viennent dans leurs villages en cette période de vacances. Ils ne viennent nullement à cause de la qualité du tourisme local mais plutôt afin de renouer avec leurs familles.

Enfin, aujourd’hui, personne n’est dupe. Les deux villes ne sont pas prêtes à accueillir des touristes étrangers. Les quelques milliers d’estivants qui viennent, retournent souvent dépités et dégoûtés par les mauvaises conditions d’accueil. Aujourd’hui, il n’y a ni nécessité ni personne à duper avec des chiffres.

Ce n’est d’ailleurs pas la peine de les donner. La direction du tourisme n’est pas l’unique intervenant donc pas l’unique responsable de l’état désastreux du secteur. La priorité est plutôt à la réflexion pour une véritable stratégie de développement du secteur du tourisme. Une stratégie de plusieurs acteurs car elle repose sur plusieurs intervenants de divers horizons. Une vraie ville touristique repose sur la qualité de ses services, transports, hôtels, restaurants, personnel y travaillant, qualité des plages, sécurité et bien d’autres domaines. Peut-on vraiment accueillir des touristes étrangers dans des hôtels situés dans une ville sans eau potable durant tout l’été?

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