Personnel surexploité et hôpitaux mal gérés: Les blouses blanches sous pression

Personnel surexploité et hôpitaux mal gérés: Les blouses blanches sous pression

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Près de 20 000 poursuites judiciaires contre les hôpitaux publics auraient été enregistrées ces dernières années. Parmi elles, 8000 affaires seraient liées aux services de maternité.

A ces statistiques qui cachent des drames et des vies broyées, vient s’ajouter la récente affaire  de la jeune femme décédée à Djelfa après avoir accouché d’un bébé mort-né dans sa voiture,  faute d’hospitalisation.

En hausse continue depuis des années, les naissances vivantes dépassent le seuil du million par an. Pourtant, la capacité d’accueil (personnel de santé et nombre de lits) est pratiquement la même depuis plus de 20 ans. Les sages-femmes, soumises à un système de garde de 24 heures pour trois jours de repos par semaine, sont particulièrement mises sous pression. Chaque jour, les équipes de garde (deux sages-femmes, une infirmière et un médecin, en moyenne) prennent en charge 20, 30 à 40 accouchements.

Parfois jusqu’à 50 dans certains services très prisés, alors que la capacité d’accueil ne devrait permettre que la prise en charge de 5 à 10 accouchements par jour, selon les services. Nos maternités sont surchargées et les nerfs des blouses blanches sont mis à rude épreuve. Réparties sur des maternités publiques et privées, ces naissances se déroulent souvent dans le désordre, l’inconfort, la précipitation, favorisant les risques de complications, voire des négligences. Les Algériens, habitués à s’en remettre à la fatalité, s’en plaignent de plus en plus. Près de 20 000 poursuites judiciaires contre les hôpitaux publics auraient été enregistrées ces dernières années.

Parmi elles, 8000 affaires seraient liées aux services de maternité. A ces statistiques qui cachent des drames et des vies broyées, vient s’ajouter la récente affaire de la jeune femme décédée à Djelfa après avoir accouché d’un bébé mort-né dans une voiture. Elle a été ballottée d’un hôpital à un autre, le personnel médical refusant son admission.

A l’hôpital de Aïn Oussara, le premier où elle s’est rendue, la sage-femme qui lui a fait face a motivé son refus d’admission par «l’absence du médecin de garde». A l’hôpital de Hassi Bahbah, 45 km plus loin — second hôpital où elle s’est déplacée —, une autre sage-femme juge après auscultation que son accouchement n’est pas imminent et décide de l’orienter vers l’hôpital de Djelfa, à une cinquantaine de kilomètres encore plus loin. Dans le service maternité de ce dernier, on la réoriente vers le premier hôpital qui a refusé son admission. Elle a fini par accoucher dans sa voiture d’un bébé mort-né, auquel elle n’a pas survécu…

Des coupables trop vite désignés

Cette histoire est loin d’être exceptionnelle, puisque plusieurs parturientes ont péri ou ont eu de graves complications dans les mêmes conditions ces dernières années. Mais cette affaire a particulièrement provoqué un tollé, puisque des sanctions ont vite été décidées par la tutelle.

Le ministère de la Santé s’est constitué partie civile et la suspension et l’emprisonnement du personnel médical impliqué ont vite suivis. L’affaire met à nu les défaillances d’une machine hospitalière qui grince chaque jour un peu plus. Le protocole médical garant de l’ordre est souvent bafoué dans l’urgence et par manque de moyens.

Des erreurs médicales surviennent ainsi dans le désordre d’hôpitaux toujours saturés et souvent mal gérés. Les coupables sont vite (un peu trop vite ?) désignés : la faute incombe aux blouses blanches démotivées, surexploitées et plus que jamais en proie aux négligences. Et si l’on commençait par leur rendre justice en garantissant des conditions d’exercice dignes du métier qu’elles pratiquent ? On rendrait par la même occasion justice aux nombreux patients qui tombent sous le coup de la loi de la jungle qui règne souvent dans nos hôpitaux…

Bouredji Fella

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