Formule porteuse pour faire face aux dépenses de la rentrée: Louer son...

Formule porteuse pour faire face aux dépenses de la rentrée: Louer son appartement à 7 000 DA/jour

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La mise en location de sa maison durant la saison estivale ne date pas d’aujourd’hui. d’est en ouest, les régions côtières vivent à ce rythme depuis longtemps. Mais le phénomène prend de l’ampleur en touchant la capitale, épargnée jusque-là.

 

Selon le gérant d’une agence immobilière, les familles algéroises sont de plus en plus nombreuses à louer leurs appartements durant l’été. Les prix varient en fonction d’un certain nombre de facteurs, à savoir le lieu de résidence, sa surface et les commodités dont elle dispose. Ainsi, un F3 meublé et équipé de tout le nécessaire (cuisinière, réfrigérateur, salle de bain, climatiseur) situé à Bordj El Kiffan, Ain Taya, Ain Benian ou Staouéli, est mieux coté qu’un similaire à Réghaia, Rouiba, Chéraga ou Mahelma, même si ces villes sont proches de la mer. En termes de location, la fourchette s’étend pour les communes citées de 7 000 à 9 000 DA par jour, voire plus. La vue sur mer et l’accès aux plages les plus proches ainsi que leur état de propreté constituent une plus-value.
Cependant, certains locataires ne sont pas regardants sur ces critères et se contentent souvent de petits F2 avec bien sûr un minimum de confort. Salah, rencontré fortuitement dans un café à Hussein Dey, raconte avoir loué un logement modeste à la rue de Tripoli. Citoyen de Touggourt où il gère un restaurant, il a fui avec sa petite famille la canicule de sa région pour Alger. C’est le deuxième été qu’il passe dans la capitale. Dans la matinée il dépose ses enfants dans une des plages de Corso et les récupère en fin d’après-midi. Sa journée, il l’occupe en rendant visite aux amis ou piquer une trempette avec ses petits avant de rentrer. «Nous passons, dit-il, le plus clair de notre temps dehors. Le petit logement loué à 6 000 DA ne sert que pour la nuit et préparer les victuailles du lendemain. On est plutôt satisfait pour le moment. J’ai connu le propriétaire par l’intermédiaire d’un ami. C’est par nécessité qu’il loue son chez lui et le revenu lui permet d’être à l’aise pour affronter la rentrée scolaire, l’Aid El Adha et bien d’autres dépenses. En attendant, il est en Kabylie chez ses parents. Quant à moi, je dois quitter une semaine avant la fin du mois d’août».
Ceux qui disposent d’appartements spacieux gagnent plus. A Bordj El Bahri, Smail n’y est pas allé par le dos de la cuillère pour aguicher les clients. «Un bel F4, dira-t-il, doté de toutes les commodités avec vue sur mer, à deux encablures de la plage, un parking gratuit gardé jour et nuit, c’est tout de même raisonnable que je demande 150.000 DA par quinzaine. Les commerces et le marché communal de fruits et légumes sont juste à côté. De plus, le quartier est tranquille. Ces atouts font que je n’ai aucune difficulté à trouver une clientèle triée sur le volet car je ne peux laisser ma maison à des gens au risque de trouver à leur départ de mauvaises surprises. La caution de garantie n’étant pas dans les habitudes, je n’ai pas eu, Dieu merci, en quatre ans, à subir de tels aléas. Les locataires viennent de l’intérieur du pays et la formule les intéresse en comparaison avec les hôtels, sachant qu’ils ont le même confort qu’un quatre étoiles avec des prix moins élevés.

Yoyo l’émigré

Pour Youcef El migri, le tourisme chez l’habitant, pour parler de ces familles louant chez des particuliers en période de vacances, est une formule avantageuse à plus d’un titre. D’abord, financièrement, car les prix sont nettement plus bas par rapport à ceux pratiqués par les complexes hôteliers et les clubs de vacances. En saison haute, ces derniers affichent complet, et lorsque vous avez la chance d’obtenir une chambre, vous ne serez pas à l’abri d’une mauvaise surprise, sans oublier les autres aléas. Il y a beaucoup de monde, de quoi avoir l’impression d’être à l’étroit. «Je pratique cette formule depuis longtemps, en faisant l’est et l’ouest du pays, mais depuis 2014, j’ai opté pour l’Algérois. Cela nous permet à ma famille et moi de sortir la nuit pour manger dans les petits restaurants de la côte et déguster des glaces jusque très tard la nuit. J’ai loué une maison à Ain Benian où nous passons le mois d’août dans la paix et la tranquillité. Le propriétaire est le frère d’un ami, émigré comme moi. Au 31 juillet, nous prenons possession de la maison et lui, il prend le départ pour Azzaga où son père possède une grande propriété familiale. C’est une maison individuelle composée de deux chambres, un salon et toutes les commodités, une vue sur la grande bleue et des voisins absents en cette période. On ne peut espérer plus pour 1500 euros, soit 50 euros la journée. On est bien et on a fini par gagner la confiance et l’estime de tout le monde, jusqu’à l’épicier du coin qui n’arrête de m’appeler Yoyo, comme à Lens d’ailleurs où je vis depuis un quart de siècle». Youcef est employé comme routier dans une grosse boite et aurait fait, selon lui, plusieurs tours de France avec son 20 tonnes pour un salaire net de plus de 3500 euros. Quant au propriétaire de la maison, il doit être certainement content d’empocher une trentaine de millions de centimes pour boucher les gros trous financiers de la rentrée.

Le bel investissement

D’autres encore, parmi les loueurs, comme on les surnomme dans les quartiers connus pour cette activité, ont su profiter de la chance de leur vie pour en tirer le plus gros bénéfice. C’est le cas de cette femme qui préfère garder l’anonymat. Appelons-là Yasmine. La cinquantaine bien sonnée, jamais mariée et donc pas d’enfants. A la mort de son père, elle a acquis une parcelle de terre du côté de Ain Taya où elle a bâti une petite maison. L’idée de la louer la taraudait depuis des années avant de se décider en 2014 de passer à l’acte. Au prix de 9000 DA la journée, les preneurs se bousculent au portillon. Pour les deux mois de juillet et août sa propriété lui rapporte un sacré magot, la mettant hors du besoin pendant une longue période. En attendant, ses vacances à elle, elle les passe auprès de sa sœur à Boumerdes où elle aide cette dernière dans certaines dépenses familiales. Yasmine pense qu’en investissant dans un pareil créneau, il y a à boire et à manger. Et pour cause, beaucoup de gérants d’agences immobilières s’y intéressent de près en raison notamment de la marge bénéficiaire qu’ils peuvent en tirer. Mais clients et propriétaires les plus avertis évitent de passer par cette procédure aussi rassurante soit-elle au plan juridique, préférant traiter directement de particulier à particulier. C’est plus discret, pensent certains, alors que d’autres voient en la marge que toucherait un agent immobilier comme un handicap. Ce qui reste certain, c’est que la mise en location de sa maison durant l’été se généralise chez les familles algéroises et devient une source de revenus inespérés à même de combler bien des besoins.

Ali Fares

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