Prochaine rentrée: En attendant les cloches de septembre

Prochaine rentrée: En attendant les cloches de septembre

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L’été a été chaud, mais l’automne promet d’être brûlant si la demande sociale s’impatiente et exige des réponses immédiates.

Bien malin sera celui qui devinera de quoi septembre sera le nom. La première terreur sacrée qui trouble en ce moment les esprits concerne l’achat du mouton de l’Aïd El Adha. Les pères de famille se grattent déjà le crâne et le fond de leurs poches pour résoudre l’équation à trois inconnues: comment en l’espace de quelques jours habiller les enfants de vêtements neufs, leur acheter des articles scolaires et un bélier aux cornes enroulées? Ces dépenses interviennent trois mois après la saignée du Ramadhan et juste après celles des vacances.

Et alors que le dinar poursuit sa chute et que l’inflation progresse inexorablement, les ménages ne savent plus vers quel économiste se tourner pour savoir comment faire pour éviter la banqueroute. D’ailleurs, tous les spécialistes qui s’expriment sur les affaires ces derniers, dressent un tableau noir de la situation, mais sans proposer de solutions. L’Algérien instruit ou illettré est pessimiste, presque congénitalement.

Coûts
Pas de doute que les coûts des produits ont tous augmenté. C’est la définition même de l’inflation, à savoir la hausse générale des prix à cause de la baisse du pouvoir d’achat de la monnaie. Mais un regard panoramique ne donne pas l’impression que le pays subit un cataclysme économique.

Les rues sont saturées de voitures neuves, les adolescents habillés au dernier cri de la mode, les fêtes battent leur plein, les cafés noirs de monde, les climatiseurs tournent à plein régime et tous les souks sont pleins à craquer.
Comment font les gens pour supporter de telles sorties d’argent? Voilà un mystère opaque et l’Académie royale des sciences de Suède devrait décerner un prix Nobel d’économie au cerveau qui le résoudrait.

Logiquement, avec un salaire moyen qui avoisine les 40 000 dinars et un salaire minimum de 18 000, il est impossible de faire face à tous les frais liés à la nourriture, à la santé, aux charges de la maison, à celles de l’éducation, du transport, des loisirs et des télécommunications. Si l’on ajoute à cela les extras tels que les cadeaux à distribuer sur les nombreux proches à l’occasion de telle ou telle célébration, la balance budgétaire des ménages penchera inéluctablement du mauvais côté.
Après des années de disettes consécutives au premier contre-choc pétrolier de 1986 et au rééchelonnement dicté par le FMI, les Algériens ont bénéficié d’une amélioration de leur niveau de vie en 2010-2011.

Décollage retardé
Cette année-là, les salaires ont augmenté sensiblement. L’embellie financière tirée de plusieurs années successives de hausse des cours des hydrocarbures permettait toutes les folies. Surtout que, à partir de 2011, il fallait coûte que coûte maintenir la paix civile pour que le pays ne soit pas emporté par la tempête géopolitique qui soufflait sur la région. L’ouragan de ce qu’il est convenu d’appeler le «Printemps arabe» arrachait les toits et détruisait les fondations des Etats voisins, mais après de légers soubresauts, l’Algérie avait repris son calme et l’a gardé jusqu’à aujourd’hui. Sauf que, entre-temps, la manne amassée durant ces six ans n’a pas vraiment servi à faire décoller son économie et la sortir du sous-développement. Celle-ci demeure toujours soumise aux importations pendant que les recettes extérieures qui l’alimentaient sont en déclin.
Du coup, les augmentations décidées six ans plus tôt reviennent aujourd’hui comme un boomerang pour fouetter l’ogre de l’inflation.

L’autoroute Est-Ouest, les divers programmes de relogement et la commande en général de l’Etat n’ont pas créé l’effet d’entraînement espéré pour dynamiser l’activité dans d’autres secteurs.
L’agriculture qui, elle aussi, a bénéficié d’importants programmes de soutien a certes accompli de bons résultats mais l’industrie et les services demeurent à la traîne d’un marché qui compte tout de même 40 millions de clients.

Rente vs. Nouvelle vision
Le PIB peine à dépasser la barre des 150 milliards de dollars, c’est-à-dire la moitié de celui des Emirats arabes unis où vivent 20 fois moins d’habitants. Toutes ces données vont peser sur la rentrée prochaine même si l’Etat dispose d’un coussin en devises de quelque 108 milliards de dollars. Il y aura certainement un resserrement de la dépense publique et peut-être aussi un remaniement du secteur industriel étatique dont l’offre commerciale en qualité et en quantité se tient toujours en deçà des besoins. Cela se traduira probablement par plus de chômage tandis que la demande sociale ne fait qu’enfler.

Dans tous les cas, l’Algérie ne peut plus se permettre le luxe de vivre au-dessus des ses moyens et sans une explosion d’idées nouvelles, sans une nouvelle énergie pour redémarrer la locomotive de la croissance, il pourrait y avoir des râles et des grincements de dents.
C’est cette nouvelle vision qui tarde à se mettre en place.
Les divers acteurs n’arrivent pas à quitter l’habitude de profiter de la rente alors que celle-ci va en diminuant. L’Algérie d’avant n’existe plus, celle de demain pas encore et sans l’émergence d’une race d’inventeurs, de créateurs, de rêveurs pour animer son coeur, c’est la colère et la haine qui bientôt le feront.

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