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Abderrahmane Benkhalfa, ex-ministre, consultant : «L’Algérie doit créer une banque publique chargée de l’export »

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Bataille de l’export, les responsables algériens ne sont-ils pas en train de mettre la charrue avant les bœufs ? De la précipitation. Et un manque de clarté lié à la définition des priorités. On veut aller vite et exporter à tour de bras. Mais on semble oublier que l’export impose stratégie, minutie et efficacité. Dans leur rapport du premier trimestre 2017,
les Douanes confirment que l’Algérie, dans ses exportations, reste dépendante des hydrocarbures avec 94,73% du volume global. Les principaux produits hors hydrocarbures exportés sont constitués essentiellement par le groupe «demi-produits» et des «biens alimentaires».

Compte tenu des paradoxes et contradictions que suscitent cette question, certains spécialistes, chacun dans son domaine, tentent d’apporter des éclaircissements nécessaires. Abderrahmane Benkhalfa, consultant économique et ex-ministre des Finances, propose, entre autres mesures organisationnelles, la mise en place d’une banque publique dédiée à l’export. Pour lui, c’est une condition sine qua non de la réussite de cette démarche. Par banque, il désigne, dans un entretien paru dans la revue Partenaires, de la Chambre de commerce et d’industrie algéro-française, les «partenariats financiers entre de réseaux de banques algériennes et des réseaux de banques des pays d’accueil». En d’autres termes, il sera, selon lui, question d’aller vers un «maillage» de ce réseautage entre les entreprises exportatrices et les banques qui se mettent en amont et qui, via ce «flux physique», produisent aussi des «flux financiers». Il revendique une «démystification» de l’idée selon laquelle la banque de l’entreprise exportatrice doit être présente sur le marché d’accueil.

D’autres spécialistes, comme Hichem Baba Ahmed, spécialiste en marketing, estime que la bataille de l’export est une affaire d’«intelligence collective», et un travail collaboratif basé sur la confiance entre les cadres de plusieurs ministères et le monde. Il préconise à ce que l’Etat fasse un effort en matière de défiscalisation. Plus explicite, l’expert dira : «Nous pouvons réduire le taux d’imposition des produits fabriqués en Algérie, qui est inversement proportionnel à son taux d’intégration, jusqu’à aller à un taux quasi nul pour les produits ayant un taux d’intégration dépassant les 70%». Rebondissant sur ce sujet, M. Benkhalfa explique que l’export est une affaire de durée, de fidélité, de capture, d’image et de fraîcheur du produit. Une implantation à l’international nécessite, selon lui, une présence de 10 à 15 ans sur les marchés.

S’il y a, aujourd’hui, un financement à travers le Fonds spécial de promotion des exportations (FSPE), M. Benkhalfa juge impératif l’accomplissement d’un travail sur le plan macroéconomique. D’autre part, il convient de rappeler que la Banque d’Algérie a pris une série de mesures pour faciliter l’acte d’exporter. L’une des plus édifiantes a trait à l’allongement du délai de rapatriement des devises provenant des exportations. A ce sujet, M. Benkhalfa préfère parler de «flexibilité» des règles de transfert des petites opérations d’export. D’où la nécessité, soutient-t-il, de faire le distinguo entre les actes importants d’exportation et ceux qui sont à la découverte du marché. Le rôle de la banque peut être envisagé non seulement dans l’accompagnement, mais aussi dans l’étude des possibilités de vendre à crédit avec leurs partenaires. n

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