Guelma: «C’était mieux avant», affirment les anciens

Guelma: «C’était mieux avant», affirment les anciens

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C’est sous le signe de la nostalgie d’un temps passé que des autochtones ont voulu faire un beau voyage dans Calama d’antan.
Ammi Salah, un septuagénaire ancien de la ville, oublie parfois de respirer, et plonge profondément dans les ambiances révolues du quotidien des Guelmis, à travers des histoires et personnages qui font aimer Guelma, et qui font entrer son histoire dans la mémoire et dans le cœur. Il fait partie des citadins qui persistent et signent depuis plusieurs décennies leur amour profond et inconditionnel pour cette glorieuse ville.

Une cité d’un temps passé qu’ils ont vécu eux-mêmes et dont ils se souviennent toujours. Ils convoquent l’histoire pour se remémorer des endroits et des personnes emblématiques. Des scènes passionnantes, des anecdotes et souvenirs éclatants, qui ont fait le bonheur des citadins sont rapportés fidèlement.
L’histoire de Guelma déborde de personnages dont la renommée a dépassé les limites de la cité. De nombreuses personnalités illustres sont, en effet, natives de cette cité historique, bastion du nationalisme.

Les citadins se souviennent de plusieurs personnes emblématiques devenues célèbres grâce à leurs métiers ou bien à leurs esprits doués de finesse et d’intelligence qui leur permettaient de développer un sens de l’humour hors du commun.
Les fins gourmets de la ville, réputés pour leur forte mémoire gustative, vous diront que la bonne fougasse, se dégustait au bon vieux temps chez feu ammi Z’biri, un préparateur-vendeur ambulant. Il sillonnait les principales artères de la ville avec son fameux carrosse plein de braise allumée, qui était pour les Guelmis une escale gastronomique succulente. Et qui parmi les citadins de Guelma ne s’est pas régalé en savourant «maleh Oua B’nine», la soupe aux pois chiches ? Un plat populaire et raffiné chez Si Djelloul lahmamssi, dans sa petite baraque de la rue de la Mosquée, appelée communément «Hayte Edjamâa». Nul ne peut contester les qualités humaines de ce brave homme.

Les anciens de cette cité se remémorent également l’élégant Kaci Raci, un homme qui baignait dans le monde du bricolage et de la débrouillardise en tant que marchand brocanteur. Il gérait une boutique atypique, au décor assez sobre, en face du fabuleux théâtre romain, remplie d’objets anciens et insolites. Visage barré d’une moustache tournante, Kaci Raci était d’apparence distingué. Les nostalgiques de Guelma d’antan ne peuvent pas oublier Saci Takchira qui a fait connaître cette ville partout où il a mis les pieds, Marseille, Alger, Annaba… Il était connu pour sa forte capacité à faire rire, et ses petites histoires qui restent gravées dans la mémoire des Guelmis. «Le jour de mes obsèques, je vous conseille de marcher avant mon cercueil, parce qu’apparemment, c’est moi qui aurais l’air de vous enterrer», disait Ammi Saci à ses amis. Faut-il encore le rappeler que ce personnage simple était une source intarissable d’inspiration pour Kateb Yacine ?

Les Guelmis pleurent aussi des lieux disparus comme la salle de cinéma Le Triomphe ex-Arrella, le cinéma plein air, le cercle des jeux de boules…
Les cafés maures n’y sont pas en reste, cafés d’Alger, Hanachi (seklayesse), Kahouette El Eulmi, et Siafa…, en passant par kahouette Oukha et café glacier.

On n’oublie pas les célèbres cordonniers de la ville Ammi Saâïd et le regretté Âïdou, à Bab Skikda. Les nostalgiques s’intéressent aussi à des lieux situés dans les environs immédiats de Guelma, Hammam Meskhoutine, Bir Benosmane, les monts de Aïn Sefra, les ruines romaines… Des sites qui valent absolument le déplacement pour revivre la cité d’hier avec ses ambiances spécifiques et vivantes. Aujourd’hui, cette ville qui a beaucoup perdu de son charme et de sa saveur originelle, a du mal à se battre contre les dégâts causés par l’urbanisation anarchique et l’exode rural.

Fini le temps où les voitures à Guelma étaient comptées, dans ce petit patelin où la marche était le moyen de déplacement privilégié par les riverains. Les boulevards 1er Novembre et Souidani-Boudjemaâ formaient le centre-ville avec leurs tronçons de route bordés de petits commerces chaleureux qui se sont éteints depuis pour laisser place à d’autres… anarchiques et instables, dont les nouveaux propriétaires sont imprégnés de l’esprit du gain rapide et facile, et qui changent donc le plus souvent d’activités.

Au boulevard du 1er-Novembre, appelé jadis «le Cours» par les autochtones, et anciennement «Sadi Carnot», on s’en souvient. La boutique de Ammi Ali Dafri, les restaurants de Noureddine Bago, et Tayeb Âadioui mais aussi la pâtisserie emblématique de Ammi Mohamed Guessoum, «gâteau Bonnet» comme préfèrent l’appeler les citadins. Il y avait aussi au boulevard Souidani-Boudjemaâ, le célèbre tailleur Messaoud Gasmi, «Daroui», pour les intimes, un homme qui était toujours de très bon goût.

À la même adresse, et à quelques mètres, il y avait la boutique de son frère Rachid dit Laperge, une figure de Calama. De bons petits commerces… Mais on gagnait sa vie comme on le pouvait.
Les riverains s’interrogent aussi, sur la situation du marché couvert du centre-ville. Il a bel et bien disparu en tant que tel. Les commençants l’ont déserté, et les clients aussi. Un bâtiment fantomatique mais qui garde encore l’empreinte d’un passé révolu. Rien n’est encore concrètement mis en place par les services de la commune de Guelma pour sauver ce marché. «On pourrait donc lancer une campagne de “marché notable de la ville”, pour préserver ce lieu au passé si rempli de vie quotidienne», nous déclare Ammi Salah. «C’était un rendez-vous immanquable pour les Guelmis, je me souviens, il y a avait tout un tas de petits commerces : fruits et légumes, poissonneries, boucheries… Jamais les commerçants et les clients ne pourront vivre autant de bonheur !», s’exclame avec émotion un habitant de l’ancien quartier «Droudj El Marché».

A cela s’ajoute la descente dans les profondeurs du football algérien, de l’Escadron noir, l’Espérance sportive de Guelma, le mythique club de football de Seridi Mustapha «Tioua», le regretté Hachouf Noureddine, et Essalhi Abdelouahab, ces talentueux footballeurs qui ont fait le bonheur de Guelma et de l’équipe nationale algérienne. Les inconditionnels des Noir et Blanc s’interrogent : à quand la renaissance de l’Escadron noir. «Guelma, C’était mieux avant » devient un refrain, dans cette ville qui a mal grandi. Et il n’est pas nécessaire de revisiter les mémoires pour le confirmer.
Noureddine Guergour

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