La crise du pain est à son apogée: Oran dans tous ses...

La crise du pain est à son apogée: Oran dans tous ses états

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Faisant mine de déplorer, on se lamente au lieu de remédier à des situations répétitives dépassant le seuil de l’entendement.

De sérieuses perturbations dans la distribution du pain, allant jusqu’à sa pénurie, sont de visu constatables dans plusieurs cités, quartiers et localités composant la deuxième capitale du pays, Oran. Un tel fait est confirmé par les responsables du Club des artisans boulangers d’Oran imputant une responsabilité à la fermeture de plusieurs minoteries en raison des congés annuels. Une telle défaillance n’est pas sans incidence directe sur l’activité de la boulangerie. «Des boulangers n’ont, dans leur majorité, pas été avertis», a-t-on expliqué. Du coup, ajoute-t-on «plusieurs boulangers peinent à s’approvisionner en farine panifiable».

Plusieurs de ces boulangers ne trouvent rien de mieux à faire que de se résigner en abdiquant face à une telle situation pendant que d’autres convoitent l’assistance du Club des artisans et boulangers d’Oran sollicitant son assistance quant à leur fournir la matière première permettant la survie de leur panification en attendant la remise en marche des minoteries et de leurs machines de trituration. Si la crise du pain est sensible dans une wilaya censée ne manquer de rien, l’activité boulangère, elle, a sérieusement diminué. Selon des responsables du Club en question, la réduction d’activité est évaluée à pas moins de 50% des capacités théoriques. La population est donc frappée de disette durant cette période de haute saison estivale.

Wall Street s’installe à Oran
Les incidences du «péché mignon» orchestré par ces minoteries ne sont pas toutefois sans effets sur les boulangers contraints de revoir leurs prévisions en recourant au marché guidé dans l’abstrait et marqué par la spéculation au moindre mouvement le marquant, tout comme la Bourse de Wall Street. Ce sont les grossistes dévergondés ne manquant pas d’idées à qui revient le «droit» de gérer le marché déséquilibré en haussant le prix de la farine panifiable. C’est donc le moment ou jamais!

A la faveur d’une telle défaillance, plus d’un grossiste estime «juste» et opportun de tirer les dividendes en appliquant la loi de la soldatesque en imposant une majoration de 10% sur le prix du quintal de farine alors que ce même produit est fixé par l’Etat à 2000 dinars/ quintal.
Des mesures sont-elles à prendre conformément à la réglementation? Que nenni! Un tel marché continue à échapper à tout contrôle du fait que les spéculateurs y échappent eux aussi. Tout comme ces agents de contrôle, partis, également, en congé annuel. Y a-t-il anguille sous roche?

Sinon, comment donc interpréter le fait qu’aucune mesure appropriée n’ait été prise depuis maintenant deux mois, c’est-à-dire depuis juillet, mois durant lequel la farine panifiable a commencé à se faire rare, d’où le risque d’une prolongation vers le milieu du mois de septembre, notamment durant les premiers jours qui suivent le rituel religieux de la fête du Sacrifice? «Il s’agit là, d’une autre paire de manches et d’une autre problématique difficile à résoudre de sitôt», déplore-t-on.

L’art de dribbler
Si des minotiers agissent sans préavis ni n’avertissent les services commerciaux locaux, ils ne manquent pas de verser d’avance et dans des états d’âme, des suppositions sans pour autant juger utile de passer à l’acte de réprimande à l’encontre de ces gros commerçants guidant à leur guise le marché de la farine. Où est la solution? Faisant mine de déplorer, on se lamente au lieu de remédier à des situations répétitives dépassant le seuil de l’entendement. Au lieu d’apporter des solutions, l’on se contente de verser dans l’amalgame en re-décrétant la fameuse recommandation purement algérienne reposant essentiellement sur «le normalement».

En vrac, l’on préconise, sans appuyer ses dires par la force de la loi, qu’une telle situation est provoquée par la fermeture de plusieurs minoteries sans juger utile de prendre en compte la nécessaire programmation d’une telle mesure ravageuse, le départ en congé annuel. C’est la fuite en avant.

Le refrain annuel revient encore une fois chez ces responsables commerciaux en prêchant une meilleure organisation avec une programmation des départs en congé des minoteries à l’avenir, une manière d’éviter les pénuries. Pourquoi n’a-t-on pas pris de telles mesures cette année? La direction du commerce est affirmative en soulignant «avoir tenu plusieurs réunions avec les patrons boulangers pour discuter de leurs doléances». Pour rassurer, l’on avance vaniteusement qu’il n’y a aucune crise de la farine, il s’agit plutôt de l’organisation de sa vente au cours de la période des congés.

La risée de l’Aïd?
Ce n’est un secret pour personne. Le marché oranais n’est pas docile. Autrement dit, il n’est soumis qu’à une seule réglementation. Il s’agit de la loi mise en place par les commerçants l’alimentant, bafouant tous les textes officiels le réglementant. Loin de tout jugement de valeur, les services commerciaux sont, comme à l’accoutumée, frappés par la léthargie et l’inertie, ne se contentant que d’avancer des chiffres sans suivi ni contrôle, si contrôle, il y a! Dans la pléiade des mesures avancées, notamment pour la fête religieuse, on a affirmé peaufiner la liste officielle des commerçants devant assurer la permanence des deux jours fériés. «Près de 800 commerçants sont réquisitionnés», a-t-on annoncé expliquant que «cette programmation repose sur une étude pragmatique prenant en considération les activités socio-économiques des villes et agglomérations composant la wilaya d’Oran».

Plus loin, l’on verse, encore une fois, dans des déclarations destinées à la consommation locale sans plus. Dans le tas, l’on avance même la mise en place d’un «dispositif rigoureux devant assurer le suivi d’une telle mesure». S’agit-il d’une dérision? «C’est sérieusement de la risée», ricane-t-on lorsque des Oranais font mine de crédulité, mais sans croire aux déclarations officielles selon lesquelles «la direction du commerce mettrait en place un dispositif constitué d’agents de contrôle devant opérer des descentes pour constater de visu le degré d’application du dispositif Aïd». Le ricanement de ces Oranais, ayant pour habitude de vivre les grandes pénuries durant l’Aïd, est à son comble lorsqu’ils feuillettent les pages des quotidiens régionaux reprenant fidèlement les propos et les menaces des responsables locaux à l’égard des commerçants-contrevenants. Leur extase est totale lorsque les mêmes journaux annoncent que des «sanctions seront retenues contre les commerçants bafouant la permanence des journées de l’Aïd».

Les APC aux abonnés absents!
Peut-on réguler le marché local à base de déclarations rapportées fidèlement pas les journalistes? Peut-on juguler des phénomènes commerciaux instaurés par des commerçants facilement identifiables? Pourquoi ne peut-on rien faire contre ces petits commerçants hostiles alors que la loi est explicite? La gestion de la permanence de l’Aïd est l’affaire de toutes les institutions, y compris la police, la gendarmerie et en tête les APC. Ces institutions sont, selon des sources proches de la direction du commerce, appelées à mobiliser leurs moyens humains et matériels pour mettre en application les mesures mises en place par le ministère du Commerce.
L’APC joue le premier rôle en placardant sur les murs de la mairie et sans plus, comme stipulé par la réglementation, les listes des commerçants réquisitionnés durant les journées de l’Aïd. Et le suivi? Les maires, les représentants de la société, sans se soucier de l’indigence subie par le petit peuple, bambochent, eux aussi, la fête hiératique en se parant de leurs belles toilettes eux qui raffolent de brochettes, du «melfouf et de la kabda (foie)» grillés sur du charbon puisé illicitement par des commerçants de la circonstance et des charognards à partir des poumons d’Oran, les espaces forestiers entourant la ville. C’est brutalement le summum de la désobligeance et le non-respect des lois d’une République aux textes qualifiés par plus d’un de «coraniques», à mettre en application sans rechigner.

Que des paroles en l’air!
Il est encore difficile de se prononcer, ou encore indécent et irrespectueux de verser dans la morale en édictant la règle à respecter par les policiers et les gendarmes durant l’Aïd en sévissant pour faire respecter la permanence commerciale, ne serait-ce que durant ces deux journées fériées. Tout comme un peu partout dans les grandes villes marquées par la tchatche vaniteuse. Les paroles en l’air sont en vogue dans une wilaya où la valeur humaine est jaugée sur la marque des habits et des chaussures portés, ainsi que les belles toilettes portées chaque matin. D’ailleurs, l’on continue à vendre du vent ou encore on vend la peau de l’ours avant d’abattre cet animal à la peau dure.
Officiellement, on fabule et fanfaronne en annonçant à l’avance «le bon déroulement de cette opération», «des citoyens peuvent accomplir aisément leurs achats sans risque de pénurie ni de hausse des prix». «S’approvisionner aux prix normaux, pendant les jours de l’Aïd constitue le rêve irréalisable de tous les Oranais», dira un père de famille faisant à l’avance les emplettes au marché référentiel de la Bastille.
Aucun des Oranais n’est près d’oublier de sitôt le sachet de lait vendu à 50 DA alors qu’il est fixé à 25 DA et le pain, dont le prix codifié par l’Etat à 10 DA, a été cédé à 30 DA la baguette durant l’Aïd EL Fitr dernier. Et le spectre d’une telle situation commence à se profiler à l’horizon. L’histoire du pain se faisant rare n’est qu’un prélude annonçant le fantôme d’une ville morte durant les jours à venir.

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