Les entreprises Ansej entre l’économique et le social

Les entreprises Ansej entre l’économique et le social

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TSA
Les entreprises Ansej entre l’économique et le social

Le ministre du Travail, de l’emploi et de la Sécurité sociale, Mourad Zemali, a affirmé mardi devant les jeunes entrepreneurs réunis à Guelma que “l’État poursuivra son appui aux micro-entreprises” ajoutant que cet appui était “un choix irréversible”.

Joignant l’acte à la parole, le ministre a indiqué que « les procédures de saisie entamées par les instances bancaires à l’encontre des micro-entreprises défectueuses seront arrêtées ».

M. Zemali, qui connaît bien le sujet puisqu’il a été pendant près d’une décennie DG de l’Ansej, a également souligné que son département œuvrera à suivre, sur le terrain, “l’application effective de la décision du gouvernement de consacrer 20% des projets pour les micro-entreprises créées dans le cadre des dispositifs d’aide à l’emploi et de réserver pour les mêmes entités les projets de la sous-traitance“.

En matière de soutien à la micro-entreprise, les gouvernements se suivent et se ressemblent. Le 19 mars dernier, Abdelmalek Sellal lui aussi devant un parterre de jeunes entrepreneurs réunis à l’occasion des premières Assises nationales sur la micro-entreprise avait assuré que « l’État continuera d’apporter son aide aux porteurs de projets et de renforcer les capacités des petites entreprises notamment celles activant dans les secteurs à haute valeur ajoutée ou ceux s’inscrivant dans la chaîne de valeur mondiale à l’instar des technologies de l’information et de la communication, de l’industrie mécanique et l’agroalimentaire ».

Afin d’encourager les jeunes entrepreneurs, l’ex premier ministre avait également annoncé, déjà, un rééchelonnement du remboursement des crédits contractés par ces entreprises pour résoudre leurs problèmes en termes de liquidités.

La micro-entreprise à la recherche d’une crédibilité économique

Abdelmalek Sellal tentait ainsi de donner un contenu « plus économique que social » à son discours sur la micro-entreprise et de corriger l’impression laissée par des interventions plus anciennes.

On se souvient sans doute du mini vent de panique que les déclarations prêtées à M. Sellal pendant la dernière campagne présidentielle avaient fait souffler sur le petit monde de la micro-entreprise. Des déclarations, largement reprises par les médias nationaux, qui invitaient en gros, dans le climat survolté des meetings de la campagne, les bénéficiaires des prêts Ansej à un remboursement « facultatif ».

M. Sellal avait trouvé « normal » que certains bénéficiaires utilisent les prêts Ansej pour « financer les dépenses de leur mariage ». Il avait même invité ses interlocuteurs à exhiber ses déclarations dans le cas où ces derniers seraient convoqués par un juge !

Inutile de dire que les gestionnaires de l’Ansej ainsi que les banquiers publics, qui sont également en première ligne dans le financement d’un dispositif qui mobilise au cours des dernières années des ressources financières considérables, n’ont apprécié que très modérément la sortie du directeur de campagne du président élu.

En fait, on est sans doute toujours face à un vrai décalage de perception entre des « politiques » qui conçoivent essentiellement, même s’ils s’en défendent officiellement, la micro-entreprise, particulièrement dans sa version « de masse » la plus récente, comme une variante du « traitement social du chômage » et les gestionnaires de ces dispositifs gouvernementaux qui tentent, avec plus ou moins de succès, de leur donner une crédibilité économique.

Une réduction générale de la voilure

Au cours des dernières années, l’État n’a pas lésiné sur les moyens, surtout financiers, pour favoriser la création d’entreprise par les jeunes porteurs de projets. Il est incontestable en particulier que les dispositifs en faveur de la micro-entreprise ont rencontré un succès important.

La « démocratisation » de l’accès aux crédits d’une agence comme l’Ansej est certainement l’un des aspects les plus frappant des évolutions à la fois économiques et sociales des dernières années. Ce sont déjà, selon des chiffres communiqués hier par M. Zemali, plus de 375 000 petites entreprises, devant générer 800 000 postes d’emploi qui ont été créées entre 2010 et 2016.

Les déclarations très « volontaristes » des responsables gouvernementaux devant les jeunes entrepreneurs ne peuvent cependant pas masquer les évolutions récentes imposées au dispositif en faveur de la micro-entreprise par les pouvoirs publics.

Elles participent clairement en réalité à un processus de réduction générale de la voilure. La première de ces évolutions concerne les effectifs des bénéficiaires. Après un pic de plus de 60 000 dossiers agréés en 2012, ce sont 41 000 micro-entreprises Ansej qui ont été créées en 2014 et seulement un peu moins de 24 000 en 2015 selon les chiffres communiqués à la presse par DG de l’Agence.

Une décision annoncée en octobre 2016 s’inscrit dans la même tendance. Elle concernait le gel des financements de l’Ansej pour une liste de 64 secteurs d’activité. Les responsables de l’agence avaient fait part à cette occasion de “nouvelles orientations concernant les activités à financer”, affirmant que l’Ansej vise “la promotion des entreprises créatrices d’emplois et la réduction du chômage”. Ces orientations visent à encourager la création de projets innovants comme dans le domaine des TIC et les start-up, avaient-ils indiqué confirmant ainsi les évolutions « qualitatives » du dispositif.

Première tentative de traitement des impayés

Une autre évolution toute récente vise à s’attaquer spécifiquement aux problèmes de remboursement rencontrés par les bénéficiaires. En se gardant bien de révéler aucun chiffre sur la taille du problème auquel font face les pouvoirs publics, l’ex ministre des Finances, Hadji Baba Ammi avait annoncé en février dernier, que les jeunes porteurs des projets en difficulté financière, relevant de l’ Ansej, pourront désormais bénéficier d’un rééchelonnement de leur dette bancaire. C’est dans cette direction que s’inscrivent clairement les déclarations et les décisions annoncées hier par le ministre du Travail .

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