La France recule dans le monde arabe, le Maroc et l’Arabie saoudite...

La France recule dans le monde arabe, le Maroc et l’Arabie saoudite restent ses principaux alliés

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TSA
La France recule dans le monde arabe, le Maroc et l’Arabie saoudite restent ses principaux alliés

C’est un rapport de l’institut Montaigne, un cercle de réflexion proche de la Droite qui le dit : “Là où la France avait une influence, elle est concurrencée, là où elle n’avait pas d’influence, elle n’en a pas plus qu’avant“.

Le document est intitulé  Nouveau monde arabe, nouvelle « politique arabe » pour la France. Il a été réalisé par Hakim El Karoui, agrégé de philosophie, ancienne plume de l’ex-premier ministre Jean-Pierre Raffarin, et qui vient de fonder sa propre société de conseil stratégique. Il le présentera lundi prochain aux diplomates français au Quai d’Orsay.

Difficulté à construire une influence 

Pour effectuer son étude sur cette interrelation entre deux aires géographiquement proches, l’auteur affirme avoir “mené un travail d’analyse des flux et des stocks commerciaux, financiers, monétaires mais aussi humains (l’immigration), idéologique et culturel (les langues, la diffusion religieuse) et enfin sécuritaire et diplomatique“. Le lien entre les deux mondes a de quoi être favorisé par le facteur humain puisque six millions de personnes issues du Maghreb et du Proche-Orient vivent en France et 1,2 million de Français  (binationaux en majorité) vivent de l’autre côté.

Pourtant, “la France a du mal à construire une influence dans les pays avec lesquels elle n’a pas de passé commun, la plupart du temps colonial. Et, même au Maghreb et au Liban, le poids de la France décline et son image se dégrade quelque peu“.

Sur le plan économique, “en dix ans, le commerce de la France dans la région Afrique du Nord et Moyen-Orient a peu évolué. Il est passé de 58 milliards d’euros en 2007 à 70 milliards en 2015 alors que, dans le même temps, la Chine doublait son volume d’échanges, passant de 106 milliards en 2007 à plus de 230 milliards en 2015 ! Plus marquant encore, les parts de marché de la France dans les pays où elle bénéficie historiquement de positions favorables sont en fort recul, face à la montée en puissance de la Chine et à la perte de compétitivité de nos entreprises à l’export“, note  M. El Karou, ajoutant que la perte d’influence se manifeste aussi dans l’aide publique au développement (APD) et l’aide humanitaire.

Rencontres secrètes algéro-marocaines 

À cela s’ajoute “une certaine dégradation de l’image de la France” découlant des difficultés sociales du pays, de la perte de son leadership européen et des ses problèmes avec l’islam.

L’image d’une nation sur le déclin, moins attractive, moins puissante s’est peu à peu installée dans certains esprits” d’autant que “la politique étrangère de la France dans la région n’a pas contribué non plus à sa popularité“. Pour preuve : l’impuissance sur le dossier palestinien, le soutien traditionnel aux dictateurs arabes, l’incompréhension française face aux soulèvements de 2011, l’intervention à la hussarde en Libye et l’incapacité de répondre aux crises humanitaires.

Lot de consolation, la France reste le lieu de renontres secrètes où sont réglés les conflits entre frère-ennemis. Ainsi, “l’incommunicabilité réciproque érigée en politique par l’Algérie et le Maroc fait que Paris est souvent utilisée pour des rencontres discrètes entre dirigeants de ces deux pays“, affirme le rapoort. Et “ce fut vrai aussi des différentes factions libanaises“.

Paris “est aussi un refuge pour des opposants (Moncef Marzouki le futur président tunisien y passa plusieurs décennies) ou des dignitaires politiques et économiques en disgrâce ou en semi-retraite (Mustapha Tlass qui fut très longtemps ministre de la Défense syrien du temps de Hafez al-Assad et qui passa même un doctorat à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO) ; le frère de Hussein de Jordanie y possède de luxueuses demeures, etc.).

Ce qui est vrai dans le domaine politique l’est encore plus dans le domaine économique. Nombre de grands accords économiques transnationaux maghrébins ont été négociés à Paris, quand ce ne sont pas des affaires internes qui ont été négociées en France plutôt que sur place.

Quand l’Omnium nord africain (ONA), la fameuse holding royale marocaine, a décidé de fusionner avec la SNI, autre poche de participation de la famille royale, c’est aux équipes parisiennes de la banque Lazard qu’elle s’est adressée. Elles ont été choisies pour leur professionnalisme bien sûr, mais aussi parce qu’elles n’étaient pas présentes au Maroc, ce qui était une garantie de confidentialité.

Le Maroc et l’Arabie saoudite 

“Tous les dirigeants maghrébins et une bonne partie des dirigeants arabes ont en outre investi dans l’immobilier parisien, ce qui est toujours utile pour la diplomatie française“.

Comme alliés, La France s’appuie sur le Maroc au Maghreb et l’Arabie saoudite au Proche-Orient.  Sa perte d’influence est structurelle, estime M. El Karoui.

« D’abord, les outils déployés dans la région sont encore concentrés sur les relations inter-étatiques. Cette approche très “politique” méconnaît l’autonomisation de l’État des sphères intellectuelle et économique dans le monde arabe ».

La priorité accordée à la diplomatie économique et donc au développement des liens commerciaux est récente. La politique étrangère de la France se repose insuffisamment sur l’expertise du monde intellectuel et académique (la France dispose de peu de think tanks d’envergure mondiale, au regard de ses principaux concurrents, et consacre peu de ressources à développer un tel appareil ; les échanges – d’analyses et de personnel – entre les chercheurs et le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères sont insuffisamment développés), par ailleurs faiblement investie sur le monde arabe, et notamment sur le Maghreb qui est le parent pauvre des études universitaires dans notre pays. La France a ainsi été aveugle aux profondes transformations d’un monde arabe qu’elle croyait pourtant bien connaître“, ajoute le rapport.

La succession en Algérie 

Sur le cas particulier de l’Algérie, l’étude note que “si elle est en effet traversée par de nombreuses fragilités, notamment au niveau économique, le pays connaît une relative stabilité depuis la fin de la guerre civile en raison notamment d’un équilibre subtil entre redistribution de la rente pétrolière et contrôle de la société civile par un appareil sécuritaire extrêmement développé“.

« Le traumatisme de la  “décennie noire” permet également d’expliquer l’atonie de la société algérienne face à un État sécuritaire très puissant, critiqué par beaucoup mais jamais sérieusement remis en cause depuis l’offensive islamiste au début des années 1990 ».

Mais « ces deux piliers de la stabilité de l’État algérien que sont la redistribution de la rente et le contrôle de la société par l’appareil de sécurité sont toujours fragiles et “à l’instar des autres États rentiers, l’Algérie subit la chute des cours du pétrole, qui affectera ses capacités redistributives si elle dure trop longtemps. Aujourd’hui encore très peu endettée, l’Algérie peut faire perdurer son système économique encore quelques années. La principale menace qui pèse sur elle est moins connue : c’est l’épuisement de ses ressources gazières à l’horizon de dix ou quinze ans, ressources qu’elle comptait bien élargir de nouveau grâce au gaz de schiste ».

Le document s’interroge aussi sur la succession du président Bouteflika qui bouclera dans deux ans sa 20e année à la tête de l’État. Ce ne sera pas forcément chaotique comme certains l’imaginent.  Elle “pourrait, dans le pire des cas, causer des affrontements entre les différents pôles de pouvoir (armée, services de renseignement, cadres du FLN, proches de l’ancien président) et ainsi déstabiliser durablement le système algérien dans son ensemble“. Mais elle “pourrait aussi être un non-événement : le pouvoir algérien depuis 1962 a toujours réussi à se succéder à lui-même, malgré les coups d’État (Boumediene contre Ben Bella) et les assassinats (Mohamed Boudiaf)“.

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