Kamel Daoua à Tizi Ouzou: «écrire pour se libérer des dogmes»

Kamel Daoua à Tizi Ouzou: «écrire pour se libérer des dogmes»

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La notion de liberté est omniprésente chez Kamel Daoud qui invite à la réflexion et à l’exercice du libre arbitre. En écrivant et en invitant à lire, Kamel Daoud invite à la libération de soi et des autres, en s’arrachant des pesanteurs des dogmes quels qu’ils soient et de l’emprise de la pensée unique et convenue. C’est en tout cas le sens que nous avons perçu dans les réponses qu’il a bien voulu nous livrer, en marge de la vente-dédicace qu’il a organisée, jeudi dernier, à la librairie Multi-livres Cheikh de Tizi-Ouzou, autour de son dernier roman Zabor ou les psaumes.

Un roman qu’il dit avoir écrit «en hommage à la littérature, à la lecture en règle générale. La lecture m’a sauvé, j’aimerais participer à ce salut pour les autres aussi. J’aimerais offrir des livres qui aident les autres à relativiser leur dogme et leurs idées, à voyager sans se déplacer, à voir plusieurs existences et s’enrichir. J’aimerais que le livre circule, que tous les livres circulent. Ça, c’est important. C’est un hommage à l’écriture, certes, mais c’est un hommage aussi au lecteur et à la littérature. La Bible, les religions font partie du patrimoine de l’humanité, je suis parti d’un proverbe ancien du Maghreb disant ‘’A qui raconterais-tu tes psaumes, ô Daoud ?’’. Je m’appelle Daoud et je voulais lutter contre ce fatalisme qui dit que ça ne sert à rien d’écrire, j’ai écrit un livre…»

Et pas n’importe quel livre ! Car se réapproprier une figure biblique pour donner corps à son personnage ne va pas sans risquer de subir l’ire de ceux qu’il qualifie de «propriétaires de la religion». «Si quelqu’un a l’acte de propriété de l’Islam, qu’il le ramène et je vais me taire. Mais tant que c’est une religion qui appartient à tout le monde, j’ai le droit de penser, je le fais sans insulte, je le fais en exerçant ma liberté tout simplement, j’essaie de penser. J’ai envie que mon pays soit puissant et fort et que la pratique religieuse y soit un exercice de spiritualité, pas un exercice pour empêcher les autres de vivre.»

Nombreux étaient les lecteurs et les admirateurs à venir à la rencontre de Kamel Daoud qui s’est prêté, durant trois heures, à l’exercice de la dédicace. Au-delà de son caractère promotionnel, l’ex-chroniqueur du Quotidien d’Oran attache une dimension pédagogique et de formation à ce genre de rendez-vous. «Les déplacements d’un écrivain aident à provoquer des vocations de lecteurs et ça, c’est important», expliquera l’écrivain qui dit ne pas être surpris par l’engouement suscité par sa venue à Tizi Ouzou.

«Il y a, ici, des gens du livre, des libraires, des lecteurs, une société civile qui bouge, il y en a qui s’intéressent à la littérature…», clame-t-il, tout en regrettant la subsistance des défaillances institutionnelles qui gênent l’acte de lire et la circulation des livres. «Contrairement à ce qu’on croit, il y a des lecteurs dans les villages, c’est juste que nous avons une économie du livre, c’est-à-dire la circulation du livre qui est défaillante, les libraires ne sont pas nombreux, ils survivent difficilement (…)», expliquera l’auteur de Zabor, pour qui écrire, éditer, partager des livres est «un acte militant». «L’écrivain, l’éditeur et beaucoup de gens font de la littérature militante.

La littérature militante, ce n’est pas seulement d’écrire des livres militants, c’est d’apporter des livres, de les mettre dans sa voiture et circuler avec, de rencontrer des lecteurs, etc. Nous avons besoin de revitaliser l’espace de la lecture en Algérie. Donc les gens ont besoin de voir leurs écrivains aussi, de les toucher, de leur parler, de leur poser des questions. J’aimerais avoir des occasions d’aller dans les écoles algériennes…»
S. Aït Mébarek

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