Contribution : Leur développement est plombé par un environnement économique défa...

Contribution : Leur développement est plombé par un environnement économique défa DÉFAVORABLE L’urgence d’un débat sur les entreprises

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Il y a urgence à mettre de l’ordre dans notre système de gouvernance économique et à sortir de la confusion des rôles et les responsabilités entre l’État, l’entreprise et le marché pour que la croissance soit l’œuvre des investisseurs et des entreprises industrielles.

Au XXIe siècle, dominé par les hautes technologies et la mondialisation, particulièrement, le pays est aujourd’hui face aux grands défis qui sont ceux de la démocratie participative et du libéralisme économique, qui pointeront sûrement le nouveau projet socioéconomique futur du pays. C’est bien de cela qu’il est aujourd’hui question pour une sortie de crise et préparer une étape nouvelle autour de ce nouveau projet économique et social de l’Algérie, afin de faire face à l’évolution des mutations mondiales économiques. En effet, nous sommes un pays aux portes de l’Occident et au cœur de l’Afrique et du Maghreb dans la perspective d’un véritable développement harmonieux dans le nouveau monde d’aujourd’hui, bâti sur la compétitivité et l’intelligentsia.

Pour un système économique pérenne
L’Algérie, c’est un territoire de 2 381 741 km2, le plus vaste d’Afrique (cinq fois le territoire français) et, enfin, un grand pays de matières premières qui peut sans problème développer son industrie de transformation. Elle demeure toutefois toujours enfermée dans l’économie de rente qui fait vivre l’Algérien et fait fonctionner le pays, au détriment de l’économie d’entreprise qui œuvre au développement d’un modèle de croissance intégré et fondé sur quatre facteurs structurants : le savoir, le capital, le travail et la production, pour développer un système économique pérenne, performant et concurrentiel qui participe effectivement au développement durable du pays.

Par la création de richesses et d’emplois, une production avec un rapport qualité-prix concurrentiel sur le marché national et à l’international, par l’investissement productif, par l’innovation, tout cela constituant activité économique génératrice d’impôts à investir sous forme de biens publics et à même conforter le budget de la nation.

Cela me semble primordial à souligner, car parler de l’économie algérienne dans le contexte actuel de la crise pétrolière et budgétaire qui secoue le pays, c’est inévitablement soulever l’heure de vérité pour l’après-pétrole et la forte étatisation de notre système économique et financier impliquant trois principaux problèmes. Le premier, c’est le système économique administré qui ne permet pas de planifier l’étape de l’après-pétrole ; le second, celui de la gestion des finances publiques, marquée par une gouvernance fortement rentière, basée notamment sur les cours du baril de pétrole ; le troisième, c’est celui du capital humain, la richesse de demain qui reste encore un objectif lointain.

C’est dire le long chemin à parcourir qui attend le nouveau gouvernement Ouyahia appelé, notamment, à mettre en œuvre l’organisation de l’administration et de l’économie et l’approfondissement des réformes, afin de mettre de l’ordre dans notre système de gouvernance publique et économique, et améliorer la gestion des ressources du pays et sortir de la confusion dans les rôles et les responsabilités entre l’État, l’entreprise et le marché pour que la croissance économique soit l’œuvre des investisseurs et des entreprises industrielles.

Car, à y regarder de près, la balance commerciale et la balance de paiements hors hydrocarbures sont largement déficitaires. Ainsi, on se rend bien compte que l’économie algérienne reste dominée à tous les niveaux par la dépense publique qui constitue aujourd’hui un sérieux handicap pour atténuer les effets de la chute des prix du baril de pétrole sur les marchés mondiaux. Et, en plus, il y a ces maux qui nous rongent tels que la crise morale, la lourde bureaucratie, l’évasion fiscale, le transfert illicite de capitaux…

On ne peut qu’être inquiet
En effet, l’Algérie n’a pas encore atteint son indépendance économique : près de 75% de la population algérienne vit aujourd’hui de l’argent du pétrole. De ce fait, notre pays n’a pas d’autres alternatives en mesure de prévenir la crise énergétique qui menace aujourd’hui les finances publiques de l’Algérie qui restent en liaison avec l’évolution du prix du baril de pétrole sur les marchés mondiaux en l’absence d’une politique industrielle d’intégration, alors que l’Algérie est peut développer son industrie de transformation.

On ne peut qu’être inquiet pour l’avenir économique de notre pays, vu le constat particulièrement sévère d’aujourd’hui au regard de la structure actuelle de l’économie algérienne qui reste fortement dominée par les personnes physiques (91% activant dans le commerce et les services et seulement 9% en tant que personnes sociétés), avec, de surcroît, le commerce linformel et les importations qui ont pris du poids et commencent à constituer une menace de plus en plus lourde pour le financement de l’économie nationale, sachant qu’ils représentent respectivement près de 45% du PIB et 70% des besoins du pays. Ce qui entrave la bonne gouvernance économique et financière du pays.

Cela impose un nouveau regard sur la gouvernance et la gestion des entreprises dans la mesure où ces données statistiques révèlent une véritable préoccupation de l’heure au regard de la structure économique et commerciale du pays qui expose une économie mono-exportatrice et structurellement importatrice où nos entreprises et nos banques cultivent toujours “l’attitude étatiste” devenue une problématique majeure en Algérie.

Rien n’a donc changé dans le sens d’un affranchissement de notre économie de sa forte dépendance des hydrocarbures. Et la mise en œuvre d’une économie de marché reste encore en retard par rapport aux pays dits émergents, car nos entreprises sont encore loin d’être efficientes et adaptées à la réalité des marchés et leur niveau managérial, toujours insuffisant, tout comme la sécurité juridique, ne contribue pas à susciter un intérêt grandissant des investisseurs, à attirer des IDE.

Dans ce contexte, on vit dans une culture politique selon laquelle l’économie c’est l’État, alors que nous sommes censés être dans une économie de marché. C’est ainsi donc qu’il n’est pas normal que l’État continue à intervenir à la place de l’entreprise dans la mesure où nos entreprises et nos banques continuent à évoluer avec le marché intérieur tiré par la dépense publique.
Près de 90% des crédits destinés aux entreprises proviennent des banques publiques, en plus des subventions, des exonérations fiscales et parafiscales, et des assainissements financiers répétitifs. Ainsi, l’Algérie n’est pas encore entrée dans une vraie économie de marché et, encore loin, dans un concept manageriel industriel.

À tel point qu’aujourd’hui, gérer nos entreprises sans contraintes et sans l’aide de l’État est devenu un sérieux problème pour nos chefs d’entreprise. Oui, ni le gestionnaire ni l’entrepreneur, encore moins le collectif des travailleurs n’ont encore acquis la culture et l’esprit d’entreprise pour une meilleure intégration de nos entreprises dans l’économie de marché. Les conseils d’administration doivent exercer leur métier de manager plus attaché à l’esprit d’entreprise et par conséquent augmenter leur pouvoir d’action économique et financier dans l’économie nationale et à l’international. Pourtant, tous les pays ayant atteint aujourd’hui un haut niveau de développement économique et social ont reconnu la nécessité et l’intérêt grandissant d’une économie de marché qui œuvre au développement économique des entreprises et à la lutte contre la bureaucratie et la corruption. Ainsi, se pose la question de savoir que valent réellement nos entreprises dans l’économie de marché et leur contribution à l’économie nationale ?

Il en ressort autant de questions qui reviennent aujourd’hui, à savoir, d’une part, l’économie algérienne entame sa 28e année de libéralisme économique, notre économie demeure imparfaite et petite dans un environnement générateur d’un climat des affaires bureaucratique étouffant, à l’heure où l’économie d’aujourd’hui est celle d’un monde globalisé. L’on sait que l’Algérie reste aujourd’hui un pays avec une législation économique et financière surchargée et instable, tantôt de droit public, tantôt de droit privé, ce qui a affaibli l’économie, les stratégies et les performances de nos entreprises. Ceci dit, l’économie ne se décrète pas, elle se crée et se développe.

C’est dire que l’Algérie n’a pas besoin aujourd’hui d’un code des investissements, mais d’une véritable révolution pour nos entreprises conçues sur le droit privé (droit des sociétés), adapté à l’initiative et à l’action qui libèrent les entreprises et les investisseurs pour l’initiative entrepreneuriale se basant sur les règles et les mécanismes du marché pour conquérir les espaces géoéconomiques qui reposent, notamment sur les marchés, le droit commercial, le droit civil consacrant la prééminence de l’économique et la liberté d’entreprendre sur le juridique et le fiscal. Pourquoi ? Parce que l’entreprise est soumise à une responsabilité économique, d’où la nécessaire révision du code du commerce et du code civil, ce qui suppose aussi la création d’un tribunal du commerce.

D’où la nécessité d’édifier un droit commercial applicable aux sociétés, une refonte incontournable pour donner une grande place à l’investisseur, à l’entreprise et, enfin, garantir une sécurité juridique, économique et financière dans une économie de marché prônant la liberté d’action et d’initiative.

D’autre part, l’entreprise algérienne n’a visiblement pas encore apporté le changement espéré par rapport aux visions de la rente pétro-gazière et, surtout, une alternative pour une économie diversifiée. Pour l’instant, nos entreprises ne sont pas encore l’œuvre du professionnalisme, ni inscrites dans un processus de stratégies de croissance et de développement économique pour hisser l’économie nationale au niveau de ses potentialités et de ses atouts, pour plusieurs facteurs.

Tout d’abord, nos entreprises ne sont ni entrepreneuriales ni encore technologiques, laissant apparaître un besoin de pas moins de 2 millions d’entreprises de taille PME/PMI pour faire face aux retombées de la crise énergétique mondiale qui n’est pas près de s’arrêter, compte tenu de la nouvelle stratégie des marchés géostratégiques, plongeant aujourd’hui le pays dans de sombres perspectives socioéconomiques et financières, qui impliquent autant d’urgences à traiter : la croissance, l’investissement productif, les finances publiques, la fiscalité, la retraite, le chômage, l’informel, la dépréciation du dinar et du pouvoir d’achat, l’inflation.

La monnaie nationale reste dépendante à 90% de la rente pétro-gazière, l’assiette de la fiscalité ordinaire est demeurée très petite avec une part contributive de moins de 50% dans la structure budgétaire de l’État essentiellement soutenue par l’impôt sur les revenus des salariés (IRG). Faible contribution du secteur productif au PIB, soit 5%, avec un taux d’intégration de 15%, l’agriculture ne contribuant qu’à hauteur de 10% du PIB. Les exportations hors hydrocarbures n’arrivent pas à dépasser les 2 milliards de dollars/an, très peu d’entreprises arrivent à investir et à créer de l’emploi durable, la productivité du travail par heure de travail est en moyenne de 6 dollars en Algérie, contre 12 dollars en Tunisie, très peu d’entreprises s’intéressent à la recherche, à la formation et aux mécanismes de la finance en économie de l’entreprise.

Les entreprises privées sont souvent organisées en Sarl et sont gérées selon le style de management familial, n’accordant que peu d’attention à la distinction entre la famille et l’entreprise, pendant que les entreprises publiques restent encore dépendantes de la propriété de l’État comme actionnaire unique et des tutelles administratives. Dès lors, la question se pose : nos entreprises privées peuvent-elles être éligibles à ouvrir leur capital social ?
L’autre obstacle de taille au développement économique est le gaspillage des ressources humaines, les motivations de notre élite intellectuelle et de nos cadres d’entreprises ayant été détruites durant ces trois dernières décennies, et sans pour autant qu’on évalue les ressources humaines, facteur premier de la richesse d’un pays, et capital pour notre économie.

En effet, un nombre important de compétences s’est vu contraint de partir en retraite avant l’âge légal ou carrément quitter le pays en raison de leur marginalisation. Pourquoi ? Parce que, confrontés à des contraintes majeures pour imposer leurs idées et défendre leurs tâches et responsabilités et mettre en œuvre leurs compétences, nos élites et cadres de haut niveau tombent souvent dans l’opposition et deviennent un problème pour les dirigeants économiques, ce qui a accentué la démobilisation dans le travail et massifié le départ «volontaire» ou anticipé.

Sans compter sur le manque d’égards à l’endroit de ces compétences et cet esprit-dogme décliné par la formule «nul n’est indispensable». Le capital humain, la richesse de demain, est encore un objectif lointain et l’appel aux compétences se fait de moins en moins. Selon les statistiques, près de 260 000 de nos cerveaux et cadres de haut niveau auraient, en effet, quitté le pays depuis le début des années 1980, pour s’installer à l’étranger.

Par : M’hamed ABACI
Financier et auteur de deux ouvrages : Comptabilité des sociétés et Gouvernance des entreprises.

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