Riadh el feth, parc zoologique de Ben Aknoun: Ces joyaux délaissés!

Riadh el feth, parc zoologique de Ben Aknoun: Ces joyaux délaissés!

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Ces endroits auraient permis, non seulement de se détendre, mais aussi d’assurer une stabilité sociale en créant de l’emploi…
Nous allons redonner à Riadh El Feth son lustre d’antan! C’est la promesse faite en ce début de semaine par le ministre de la Culture, Azzedine Mihoubi. Ce voeu pieu qui a déjà été fait par tous les ministres qui se sont succédé à la tête du secteur vient relancer le débat sur ces trésors dont dispose le pays, mais qui sont laissés à…l’abandon.

Riadh El Fath est l’exemple le plus marquant de ce grand gâchis. Il y a deux mois, un couple d’étrangers était venu en Algérie, il avait insisté pour visiter le monument des Martyrs. Ils étaient surpris par le grand centre commercial qui se trouve au milieu d’une forêt et qui surplombe le monument des Martyrs. «Magnifique!», ont-ils lancé d’un ton des plus éblouis avant de se demander toutefois, «pourquoi tous les magasins sont fermés?». «C’est le week-end?», se sont-ils interrogés avant de comprendre en voyant l’état de délabrement de certains édifices que ce centre commercial et de loisirs était à l’abandon. Un véritable choc pour eux surtout qui, juste auparavant, avaient fait une petite visite au centre commercial de Bab Ezzouar et le City- Center des Bananiers qui grouillaient de monde!

«Comment se fait-il qu’un endroit aussi merveilleux n’attire pas la foule alors que de banals petits centres commerciaux ne désemplissent pas», ont-ils demandé à leur accompagnateur qui n’a pas trouvé quoi leur répondre. Car, il faut l’avouer, ce complexe culturel et de loisirs construit au début des années 1980 devrait être la soupape de décompression des Algériens.

Le complexe comprend en plus du monument des Martyrs, l’Office de Riadh el Feth (Oref) (trois cinémas, magasins, etc.), deux musées (Central militaire et révolutionnaire), le bois des Arcades (une forêt avec un théâtre de verdure, des magasins, restaurants), le téléphérique vers le jardin d’Essai du Hamma, une grande esplanade, deux grands parkings…

Cela, tout en disposant d’une vue imprenable sur la baie d’Alger et le jardin d’Essai. Néanmoins, on est loin de l’image carte postale qu’offrait Riadh El Feth aux Algériens à son ouverture. Le terrorisme et surtout la mauvaise gestion sont passés par là! On a le cafard quand on y pénètre. On se sent dans une lieu désaffecté, pris d’assaut par les marginaux. Un sentiment d’insécurité y règne, même si certains «résistants» tels que la salle de cinéma Cosmos ou la salle Zinet tentent de le maintenir en vie. Une amélioration a certes été enregistrée avec les programmes culturels de l’Oref, le ciné-club «Cinuvers», qui y font venir du beau monde chaque week-end, mais tant qu’il restera des boutiques fermées et que des travaux de modernisation ne seront pas effectués, on continuera à vivre dans le souvenir de ce qu’était cet édifice…

Drogués et voyous s’y donnent rendez-vous
Cette triste réalité est encore plus valable pour le parc d’attractions de Ben Aknoun, ou du moins ce qu’il en reste. Cet autre bijou, dont dispose le pays, est dans un état plus morbide que Riadh El Feth. Les lieux ressemblent beaucoup plus à un «cimetière à manèges», tellement tout est en état de vétusté avancée. Ce qui représente un réel danger pour les enfants. D’autant plus qu’aucune instance n’est chargée d’assurer la sécurité des installations. C’est le cas du fameux grand Huit, en désuétude depuis des années. Même constat côté zoo, où les animaux souffrent en silence. Les éléphants ne trouvant pas d’eau pour se rafraîchir, se contentent d’aspirer de la poussière, les étangs étant vidés de leur eau.

Idem pour les autres espèces animales. Affamés, assoiffés, atteints de différentes maladies, manquant d’hygiène, les animaux du plus grand zoo d’Algérie sont abandonnés à leur triste sort. Certains sont même en voie de disparition. Une situation qui a fait qu’il soit déserté peu à peu par les visiteurs. «Les familles ont déserté depuis longtemps ce parc. La plupart des gens qui y viennent sont des couples…», rapporte un agent de sécurité.

La fréquentation y est devenue des plus mauvaises. C’est un lieu de débauche de premier ordre. Drogués et voyous s’y donnent rendez-vous. Des agressions ont été signalées, il a même été le théâtre de plusieurs viols. Et pourtant, sous d’autres cieux, ce parc de 304 hectares serait un Eden qui engendrerait des milliards aux caisses de l’Etat. Se trouvant à l’intérieur de la forêt de Ben Aknoun, ce parc qui a ouvert ses portes en 1982 est divisé en deux zones et com-prend un zoo et un parc d’attractions. Aménagé en plein centre urbain, il est réparti en plusieurs zones: 50 ha réservés aux attractions (20 ha manèges) et aires de détente, 40 ha aux animaux, 200 ha de forêts, deux hôtels le Mouflon d’or et la résidence Le Moncada, de nombreux commerces et lieux de restauration appartenant à des particuliers, ainsi que plusieurs hectares de terre non exploitées.

Des moyens de transport étaient mis à la disposition des visiteurs: train touristique et deux télécabines aériennes. Pour dire l’importance de cette infrastructure qui jadis était l’endroit préféré des familles algériennes. Cependant, les équipements sont tombés en ruine les uns après les autres, sans jamais être remplacés. Un gâchis qui, comme pour Riadh El Feth, ne doit pas seulement être imputé à la décennie noire, mais à la mauvaise gestion qui y règne.

Comment a-t-on pu arriver à cette situation alors que ces édifices avaient des responsables à leur tête? Un véritable crime contre eux mais aussi contre tout le peuple algérien. Ces endroits auraient permis, non seulement de se détendre, mais aussi d’assurer une stabilité sociale en créant de l’emploi et surtout en luttant contre l’oisiveté qui est la mère de tous les vices.

Un crime contre le peuple…
Les familles et leurs enfants ne trouvent rien à faire. Qu’en est-il des plus âgés? Evidemment que non. Les cafés et les cybercafés sont les seuls endroits d’évasion pour les jeunes. Pas de cinéma, pas de théâtre, ni même de piscine ou salles de sport. «Avoir 20 ans en Algérie, c’est pire que d’avoir 90 ans dans un autre pays», estime Nabil, un jeune étudiant qui dit ne rien trouver à faire pendant ses week-ends. «Que voulez-vous qu’on fasse? Il n’y a rien. Les plus chanceux vont dans un restaurant ou dans un salon de thé entre amis. Mais cela n’est pas à la portée de tout le monde», atteste-t-il. «Après, on se demande pourquoi on va à l’école ou à l’université pour s’amuser. Pourquoi on touche à la drogue, pourquoi on fume, pourquoi on est violent?

Pour moi tous ces maux ont un seul responsable, l’oisiveté», certifie-t-il. «L’oisiveté est mère de tous les vices. Celui qui est oisif peut être exposé à toutes sortes de tentations et avoir le temps d’y céder», poursuit ce jeune qui ne rêve que de quitter le pays. «Ce n’est pas à cause du manque de moyens, mais plutôt à cause du manque de loisirs. En Algérie, même quand on travaille, quand on gagne bien sa vie, on ne trouve pas où aller décompresser», estime-t-il. «On ne vit pas, mais on survit», rétorque-t-il. Avoir 5, 10, 20, 30 ou bien 40 ans, vivre en Algérie, n’est pas une partie de plaisir pour sa jeunesse…

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