Appels à l’intervention de l’armée : retour à la case départ ?

Appels à l’intervention de l’armée : retour à la case départ ?

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TSA
Appels à l’intervention de l’armée : retour à la case départ ?

Depuis quelques semaines, l’Algérie est agitée par un débat sur la capacité du président Bouteflika à diriger, et sur son absence de la scène nationale et internationale. Sa dernière activité diplomatique remonte au 28 mars dernier à l’occasion de la visite à Alger du président congolais Denis Sassou-Nguesso.

En février, une visite d’Angela Merkel avait été reportée en raison de l’état de santé du président. Aujourd’hui, l’agenda des rencontres internationales du chef de l’État est vide. La visite du président français, Emmanuel Macron, un temps évoqué, ne semble plus d’actualité. Du moins, elle ne devrait pas avoir lieu avant la fin de l’année.

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En interne, Bouteflika n’a présidé qu’un seul Conseil des ministres depuis le début de l’année. Il a eu lieu le 14 juin dernier avec le gouvernement Tebboune. Depuis, des décisions ont été annoncées -notamment le limogeage surprise du Premier ministre et son remplacement par Ahmed Ouyahia– mais le chef de l’État n’a toujours pas rencontré son nouveau Premier ministre, ni les nouveaux membres du gouvernement.

Dans ce contexte, Jil Jadid a appelé, ce dimanche, à l’élection en « urgence » d’un nouveau président de la République en raison de l’incapacité « physique » et « mentale » du président Bouteflika à diriger le pays, selon le parti. Des appels à l’application de l’Article 102 sur l’empêchement du président ont refait leur apparition avec des clins d’œil à l’armée, obligeant le général Ahmed Gaid Salah à prendre position publiquement.

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Mercredi dernier, le chef d’État-major de l’ANP a réaffirmé le caractère républicain de l’armée. « En consolidation des fondements de ses objectifs majeurs et nobles, l’Armée nationale populaire demeurera, comme j’ai tant veillé à le répéter, une armée républicaine, engagée à défendre la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale du pays, protégeant l’indépendance », a rappelé le vice-ministre de la Défense nationale, lors d’une visite de travail et d’inspection dans la cinquième région militaire à Constantine.

Ce mercredi, Noureddine Boukrouh est intervenu dans le débat pour notamment afficher son désaccord avec le patron de l’armée. Selon lui, « le désordre constitutionnalisé et le despotisme institutionnalisé actuels se cachent derrière la légalité et le républicanisme de l’Armée pour empêcher le peuple d’exercer sa souveraineté et de conquérir sa citoyenneté ».

« Je réitère que je n’appelle pas l’Armée à un coup d’État (…) Il n’y a pas que le coup d’État comme moyen d’action. Il y a la persuasion à moindre coût, dont les vertus du ‘dialogue’ si cher au discours officiel et à notre diplomatie », a-t-il écrit.

Le fondateur du PRA semble suggérer aux chefs militaires d’aller discuter avec le président Bouteflika dans la perspective d’un éventuel retrait, ou bien d’obtenir formellement de lui qu’il ne se représente pas à la prochaine présidentielle en 2019.

Vingt-cinq ans après le coup d’État contre Chadli Bendjedid, mené par des généraux, l’Algérie effectue un retour à la case départ avec presque les mêmes ingrédients : une crise politique accompagnée de fortes difficultés sur le plan économique.

On connaît les conséquences du premier coup d’État mené par des « généraux républicains » – beaucoup se sont surtout enrichis à l’ombre de la lutte contre le terrorisme. Il est difficile de prédire celles d’une nouvelle intervention directe de l’armée dans les affaires politiques dans un contexte local et régional explosif.

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