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Face à une crise qui se complique sans cesse : Le train des réformes peine à démarrer

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Alors que la finalisation du budget 2018 semble traîner la patte, étant donné que les arbitrages ne sont guère aisés, les grandes réformes auxquelles appellent de nombreux économistes et d’institutions internationales tardent à se mettre en place.

Avec la préparation du budget 2018, l’impératif de quêter un substitutif au financement budgétaire et la révision de la politique publique et sociale de l’Etat, l’Exécutif doit faire face désormais à la dure réalité de la situation économique et financière. Et les annonces estivales sur la hausse du nombre de chômeurs, les difficultés de trésorerie dans lesquelles se débattent bien d’entreprises publiques, une inflation qui ne retombe pas… ne font qu’inquiéter davantage les Algériens, pris en tenaille entre un pouvoir d’achat qui s’érode et l’impératif de subvenir à des besoins dont les coûts ne cessent de croître.

Sur le terrain purement macroéconomique, l’Exécutif fait face à une fragilisation des indicateurs et une baisse drastique des disponibilités financières tant en interne qu’en externe. Conscient de cette zone de turbulences que traverse le pays, depuis maintenant plus de trois années déjà, le gouvernement Ouyahia n’a de choix que de mettre en branle des réformes mises au frigo par les précédents Exécutifs, pour des raisons pour le moins inexpliquées. Au ministère des Finances, on fait tourner les calculettes pour tenter de sortir un budget plus ou moins soutenable, quitte à flirter à nouveau avec un déficit à deux chiffres.
C’est dire toute la complexité de la situation budgétaire à laquelle est confronté le gouvernement Ouyahia. Un héritage empoisonné des deux derniers gouvernements, dont le premier était peu soucieux de la viabilité des finances publiques, nourrissant un optimisme démesuré, qui s’est soldé par une fragilisation nette des positions financières, tandis que le second s’empêtrait dans des mesures aussi populistes qu’improbables.

Résultats des courses : les promesses de baisser le déficit budgétaire à moins de 10% du PIB cette année et la facture des importations de 10 à 15 milliards de dollars, tout en préservant le niveau des réserves de change au-dessus de la barre des 100 milliards de dollars, risquent de s’avérer invraisemblables tout compte fait. C’est que le train des réformes a tardé à quitter la gare. Ses machines se sont bloquées en cours de route par défaut de graissage.

Un tableau aux voyants rougeâtres
L’actuel gouvernement ne doit pas pour autant renoncer aux économies annoncées, tant au plan du commerce extérieur qu’au niveau des dépenses publiques. On ne peut pas faire d’omelettes sans casser d’œufs. L’effort de réforme budgétaire suppose que l’on s’attaque à des postes de dépenses aussi superflus qu’inessentiels. L’Etat vit au-dessus de ses moyens ; une gestion budgétaire pour le moins suicidaire en ces temps de « tensions financières ».

Après le tarissement des avoirs du FRR, le gouvernement s’est retrouvé démuni, sans le moindre pare-choc financier en mesure de faire face aux déficits abyssaux du Trésor. Au plan externe, le matelas en devises n’a cessé de perdre de sa valeur, chutant de 84 milliards de dollars depuis juin 2014, se rapprochant dangereusement de la barre des 100 milliards de dollars. En attendant que le ciel s’éclaircisse au-dessus du marché pétrolier, l’Exécutif compte relancer le marché obligataire, quêter l’argent des épargnants, à défaut de faire tourner la planche à billets de manière excessive, ce qui aggraverait la situation microéconomique et sociale. L’Exécutif doit se lancer immédiatement dans la course afin de soulager les dépenses publiques. Cela est valable pour ce qui est de la politique sociale, qui a coûté à l’Etat près de 28 milliards de dollars en 2017.

Allusion faite au soutien financier de quatre postes de dépenses, l’énergie, l’habitat, la santé et l’éducation. Le contenu exact des dossiers Ouyahia, visant à réformer la politique budgétaire, le train des dépenses et les niveaux de soutenabilité de l’action sociale et des importations constituent, bien entendu, l’essentiel du fardeau des réformes qui s’impose au pays. Jusqu’où va oser aller le gouvernement Ouyahia ?

C’est toute la question. On connaît son intérêt pour la rationalisation budgétaire et son sport favori qu’est la balance des paiements et son intention de se conformer à la feuille de route dont il est attributaire. Va-t-il franchir des lignes rouges afin de répondre aux impératifs de la conjoncture ? Son prédécesseur s’est brûlé les doigts en s’attaquant à des questions sensibles, dont certaines relevaient pourtant d’une simple refonte, à l’image des mesures de contingentements des importations.
Quoi qu’il en soit, l’ampleur du choc externe et ses conséquences sur les fondamentaux de l’économie exigent que l’on prenne enfin le taureau par les cornes et mette en place, sans délai aucun, les réformes nécessaires à réduire l’impact dudit choc sur les finances du pays. <

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