Trois passeurs de migrants condamnés à 5 ans de prison: Radioscopie d’un...

Trois passeurs de migrants condamnés à 5 ans de prison: Radioscopie d’un phénomène mondial

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Les enquêteurs ont, en un laps de temps limité, réussi à remonter la filière spécialisée dans l’assistance prodiguée par ses membres aux candidats à l’eldorado incertain.

La cour d’appel a, en fin de journée, lundi dernier, confirmé la première sentence contre trois individus accusés d’avoir apporté assistance aux candidats à la mort certaine, des harraga ayant pris le départ le mois dernier à partir de la côte d’Oran, plus précisément à Bousfer. Les trois mis en cause, dont la culpabilité a été prouvée, ont été condamnés à 5 années de prison ferme. Leurs démêlés avec la justice ont commencé lorsque les gardes-côtes de la façade ouest du pays sont, lors de leur sortie, tombés, nez à nez avec une embarcation de fortune qui a fait naufrage en pleine mer causant deux morts par noyade. Ayant réussi à sauver le reste des membres, les gardes-côtes d’Oran ont remis les rescapés entre les mains des enquêteurs qui, eux aussi, ont passé au peigne fin une telle affaire.

Dans le sillage de leurs investigations, les policiers ont, en un laps de temps très limité, réussi à remonter la filière spécialisée dans l’assistance prodiguée par ses membres aux candidats à l’eldorado incertain. Cette assistance se résume essentiellement par la mise à disposition des équipements, dont le moteur, permettant la traversée aux jeunes postulants candidats au suicide au large de la mer.

Le phénomène bat son plein
De l’Est à l’Ouest, des jeunes désoeuvrés sont obnubilés par la traversée, quitte à braver tous les périls et les menaces des eaux qui ne sont pas totalement bienfaisantes, malgré la saison estivale conçue comme étant la période propice pour rallier le sol européen. Le phénomène bat son plein, ces derniers jours. Tout récemment, les éléments des gardes-côtes relevant du Groupement territorial de Béni Saf, dans la wilaya de Aïn Témouchent, ont, au cours de deux opérations distinctes, intercepté 28 candidats à l’émigration clandestine. Selon les indications fournies par des sources sécuritaires, la première opération a eu lieu à 8 miles au nord-ouest de Bouzadjar, au cours de laquelle les gardes-côtes ont intercepté un Zodiac, à son bord 17 personnes qui ont été arrêtées pour émigration clandestine.

La seconde opération a eu lieu non loin de la plage Skiât et a permis l’arrestation de 11 autres personnes à bord d’une embarcation pneumatique avec laquelle elles comptaient rallier les côtes espagnoles. Les 28 personnes ont été déférées par-devant la justice. Le phénomène est mondial. Auparavant, ce fut dans la wilaya de Skikda à l’est du pays. Un groupe de harraga qui tentaient la traversée clandestine par la voie maritime a été bloqué par les éléments des gardes-côtes au large de Skikda, a indiqué, hier, le ministère de la Défense nationale dans un communiqué. «Des gardes-côtes ont déjoué à Skikda/5°RM, une tentative d’émigration clandestine de 14 personnes à bord d’une embarcation de construction artisanale», relève-t-on dudit document.

La filière subsaharienne en force
Le drame est à son apogée. Il est provoqué par la bêtise humaine et souvent par ces conflits armés opposant des fractions militaires à des ingérences étrangères faisant fuir des populations n’ayant rien pour se protéger que de prendre leurs enfants et barda pour s’installer dans des cieux que l’on croit plus ou moins «indulgents» et nourriciers. L’Europe, les USA ainsi que leur politique militaire sont les instigateurs d’une telle nouvelle forme de déportation qui ne dit pas son nom. Une telle saignée frappe de plein fouet les populations subsahariennes desséchées par la nature et les guerres fratricides.

Le terrorisme a achevé ces populations ne trouvant rien de mieux à faire pour se défendre que de prendre la…fuite. Si les forces de sécurité algériennes jugulent tant bien que mal un tel phénomène aux allures mondiales, il n’en est rien pour ces pays subsahariens se vidant de jour en jour de leurs populations, d’où d’ailleurs la récente sortie médiatique du président français, Emmanuel Macron. Celui-ci a convié autour d’une même table ses homologues tchadien et nigérien, Idriss Deby Itno et Mahamadou Issoufou, ainsi que le chef du gouvernement d’Entente nationale libyen Fayez al-Sarraj, dont les pays sont au coeur du transit de migrants d’Afrique et du Moyen-Orient vers les côtes européennes.

Pour l’Europe, seront présents la chancelière allemande Angela Merkel, les chefs de gouvernement italien et espagnol, Paolo Gentiloni et Mariano Rajoy, ainsi que la cheffe de la diplomatie européenne, Frederica Mogherini. Une telle rencontre vise à «réaffirmer le soutien de l’Europe au Tchad, au Niger et à la Libye pour le contrôle et la gestion maîtrisée des flux migratoires», selon la présidence française. Les Européens ont lancé depuis plusieurs années des programmes d’aide dans les pays africains, et conclu des accords parfois controversés, comme avec la Turquie, pour couper les routes de l’émigration.

L’argent pour la stabilité dites-vous?
En 2015, lors du Sommet sur la migration à La Valette, l’UE avait déjà mis sur la table 1,8 milliard d’euros. Les Africains eux, réclament davantage de soutien, comme le Niger qui estime avoir réduit de 80% le flux migratoire à Agadez (nord), plaque tournante du trafic d’êtres humains. Mais d’autres routes migratoires commencent à reprendre, notamment du côté du Maroc ou de l’Espagne, et la tragédie humanitaire continue, avec des migrants livrés à la violence extrême des trafiquants, qui continuent à périr en mer, 14.000 morts ont été enregistrés en Méditerranée depuis 2014. «La lutte contre l’émigration se mène sur deux axes, le développement et le volet sécuritaire.

Le sommet de Paris sera l’occasion de faire le point, et d’obtenir des appuis», indique l’entourage du président nigérien Issoufou. «Nous sommes pressés de voir des actions concrètes pour que les candidats à l’émigration aient des alternatives et cessent de rêver d’Europe», a ajouté la même source.

L’UE a, en juillet dernier, versé une aide de 10 millions d’euros au Niger pour lutter contre l’émigration clandestine, premier décaissement d’un programme décidé en 2016. Ce mini-sommet intervient après une multiplication d’initiatives européennes pendant l’été. Côté français, Emmanuel Macron avait ainsi annoncé en juillet la création de «hostspots»-centres d’enregistrement des migrants en Libye. Si la présidence française a vite fait machine arrière en raison des conditions de sécurité, une délégation de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides a été envoyée au Tchad et au Niger, début août, pour étudier la possibilité d’un dispositif qui ne suscite pas l’enthousiasme des pays concernés. L’Italie est en première ligne dans la crise migratoire.

Elle accueille plus de 600.000 migrants en provenance de Libye sur ses côtes depuis 2014. Une question est en droit d’être posée: peut-on soudoyer des populations pour les stabiliser, alors qu’elles sont harcelées à longueur de journées par des armes lourdes? aucun ne sera affirmatif. Le cas des milliers de Syriens est une preuve vivante d’une situation chaotique, provoquée essentiellement par la destruction massive, orchestrée par l’aviation et autres armes ne faisant aucune distinction entre les militaires et les populations livrées à leur triste sort.

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