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Après les élections locales du 23 novembre 2017 : Quel avenir pour le développement local?

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Cette présente contribution pose les défis auxquels seront confrontés tant le gouvernement que les autorités locales face aux tensions budgétaires entre 2017 et 2020.

Les collectivités locales que sont les 48 wilayas et les 1541 communes (APC) doivent avoir d’autres missions que de se limiter à des guichets destinés à la prise en charge de certains services publics de base en s’appuyant essentiellement sur le budget de l’Etat. Les responsables locaux doivent à l’avenir avoir une vision et une visibilité pour le développement de leurs communes, tenant compte des spécificités et potentialités de chacune et des aspirations de ses citoyens. Il s’agit de dépasser la situation actuelle où les collectivités locales sont pour l’essentiel constituées des entités assistées par un Etat central qui, outre ses prérogatives propres, ne peut plus être l’unique gestionnaire de l’économie. Les responsables locaux ne doivent plus être que des exécutants des politiques et décisions arrêtées au niveau central et qui se traduisent au niveau communal par la réalisation des actions et programmes arrêtés en séance d’arbitrage par l’organe central, au titre des plans annuels et des enveloppes budgétaires. C’est ainsi et que outre les orientations directives qu’impliquaient déjà les programmes alloués, les communes et wilayas ont été sous tutelle étroite de l’Etat central via le ministère de l’Intérieur. Cette situation a eu pour effet une déresponsabilisation de l’autorité centrale déconcentrant les problèmes où ce sont les walis avec leurs démembrements- daïras – APC – qui furent directement confrontés à la grogne du citoyen, motivée par les besoins de logement, de qualité de vie, d’emploi et autres. Or, une centralisation à outrance, favorise un mode opératoire de gestion autoritaire des affaires publiques, une gouvernance par décrets, c’est-à-dire une gouvernance qui s’impose par la force et l’autorité, loin des besoins réels des populations et produit le blocage de la société. Les expériences historiques montrent clairement que si la centralisation a été nécessaire dans une première phase, elle a vite atteint ses limites et que ce sont les pays qui ont développé des décentralisations réelles et non des déconcentrations, synchronisant gouvernance centrale et locale, qui ont le mieux réussi leur développement. Le pays le plus décentralisé au monde ce sont les Etats-Unis d’Amérique et voyez les cantons suisses, les landers allemands etc. Une réorganisation du pouvoir local dont la base est la commune, pour une société plus participative et citoyenne s’impose supposant d’imaginer d’autres modes de gestion des ministères et de tous les appareils de l’Etat. C’est dans ce contexte, que les collectivités locales doivent apparaître comme un élément fédérateur de toutes les initiatives qui participent à l’amélioration de l’espace territorial, de passer du stade de collectivités locales providences à celui de collectivités locales entreprises et citoyennes, responsables de l’aménagement du développement et du marketing de leurs territoires.
La mise en place d’une véritable décentralisation impliquant les acteurs locaux, doit avoir pour conséquence un meilleur gouvernement réel ressenti comme tel par la population, l’argument de base résidant dans la proximité géographique.

Créer un dynamisme
Cela signifie qu’il existe une solution locale aux problèmes locaux et que celle-ci est nécessairement meilleure qu’une solution nationale. La structure qui me semble la plus appropriée pour créer ce dynamisme, ce sont les Chambres de commerce régionales (plusieurs wilayas) qui regrouperaient l’Etat, les entreprises publiques/privées, les banques, les centres de formation professionnelle, et les universités/centres de recherche. Toutes les organisations patronales y compris le FCE devraient intégrer ces structures régionales qui éliront une structure nationale et qui seront les interlocuteurs de l’Etat central et local régulateur. L’action des Chambres de commerce, lieu de concertation, mais surtout d’impulsion pour la concrétisation de projets serait quadruple.
Première action, dynamiser les infrastructures de base et préparer des sites confiés à des agences de promotion immobilière publiques et privées.
Deuxième action, mettre à la disposition des sociétés une main-d’oeuvre qualifiée grâce à un système de formation performant et évolutif allant des ingénieurs aux gestionnaires, aux techniciens spécialisés et ce, grâce aux pôles universitaires et centres de recherche, évitant ce mythe d’une université par wilaya. Ainsi, nous assisterions à une symbiose entre l’université et les entreprises. Car les sociétés ont besoin de l’accès aux chercheurs, aux laboratoires pour les tests d’expérimentation et l’université a besoin des sociétés comme support financier et surtout d’améliorer la recherche. Les étudiants vivent ainsi la dialectique entre la théorie et la pratique.
La troisième action sera de favoriser des entreprises souples reposant sur la mobilité et les initiatives individuelles.
La quatrième action, la Chambre de commerce intensifierait les courants d’échange à travers différentes expériences entre les régions du pays et l’extérieur et l’élaboration de tableaux de prospectives régionaux, horizon 2016-2020-2030. La mise à la disposition des futurs investisseurs de toutes les commodités nécessaires ainsi que des prestations de services divers (réseau commercial, loisirs) est fondamentale Cette symbiose entre ces différentes structures et certains segments de la société civile doit aboutir à des analyses prospectives, à un tableau de bord d’orientation des futures activités de la région, afin de faciliter la venue des investisseurs. Il s’agit de rapprocher l’Etat du citoyen pour satisfaire la demande sociale. La connaissance scientifique du milieu social sur lequel on se doit d’agir, contribue à la fois à renforcer de l’efficacité économique par une meilleure gestion et renforce la cohésion sociale. La «radioscopie sociale» est le premier élément d’une action pérenne qui tend vers cet objectif. C’est ainsi que l’on saura comment se distribuent géographiquement la demande de l’emploi, la pauvreté, la précarité des conditions de vie, les populations à risques etc., et que l’on pourra disposer de connaissances et de données pour la mise en oeuvre des stratégies adéquates… Comment dès lors améliorer l’accueil du public? Le siège de la commune est le premier repère pour le citoyen dans son jugement sur la grandeur de l’Etat républicain.

Attitudes répétitives
Il est bien évident que l’état de délabrement de la bâtisse, l’absence d’entretien des espaces ouverts, la tenue des fonctionnaires, le mauvais accueil, comme c’est souvent le cas, ne peuvent que renvoyer à une image négative de la perception de la notion d’Etat. Dans la pratique quotidienne, que ce soit pour un extrait de naissance ou tout autre document, le citoyen mal renseigné sur ses droits et livré à lui-même dans le labyrinthe de l’administration est ballotté de service en service. Quand ce type d’attitude devient répétitif, cela génère une forme de divorce entre le citoyen et l’Etat et souvent une perte de confiance. Dans ce cas, la réhabilitation de l’autorité et de la crédibilité de l’Etat prend le sens d’une mutation profonde des centres d’accueil du public. Pour réaliser cet objectif, l’action devra porter sur trois actions, éléments essentiels qui sont: l’homme, les moyens de travail et le cadre d’accueil.
Première action point: les préposés au guichet d’accueil doivent être sélectionnés sur la base de critères rigoureux qui font référence à la loyauté, à la disponibilité d’écoute, à la qualité et à la célérité dans l’exécution d’un service. Ces fonctionnaires, dont la situation matérielle doit être nécessairement améliorée, devraient se sentir impliqués dans le combat que l’Etat aura à mener contre l’injustice et le peu de considération accordée au service public. Il y a donc nécessité d’une formation spécifique de ce personnel qui doit apprendre à écouter, à communiquer, à convaincre, à considérer autrui avec courtoisie.
Deuxième action: elle a trait aux conditions de travail des fonctionnaires de la commune, à la pénibilité du travail manuel, à son caractère routinier, à la lassitude qui prend forme au fil de l’exercice de cette fonction et à la pression du public au niveau des guichets qui fait perdre aux fonctionnaires le sens des relations humaines. Dans ce cas, l’informatisation des services et l’amélioration du confort prennent l’allure d’une action prioritaire, dont la finalité sera l’émergence d’un cadre convivial d’accueil propice à la sérénité dans les relations humaines.
Troisième action: elle relève du souci de transmission d’une image positive d’un Etat rigoureux dans la gestion de la chose publique, respectueux de sa population et soucieux de mieux la servir. Cette image doit trouver sa traduction dans l’état des lieux, le traitement des espaces extérieurs, la propreté des services, le service d’accueil et l’orientation du public, la tenue du personnel et dans tous les éléments qui permettent au citoyen de mesurer le degré de considération qu’on lui accorde.
En conclusion, la décentralisation que veulent imposer les pouvoirs publics devrait favoriser une intermédiation politique et sociale évitant en cas de malaise un affrontement direct citoyens/ forces de sécurité et par là le développement local. Il existe un lien dialectique entre sécurité et développement, entendu développement multidimensionnel, à ne pas le circonscrire uniquement à l’économique, le grand problème étant de rétablir la confiance. N’ayons pas une vision de sinistrose vis-à-vis de l’avenir de l’Algérie, ni d’autosatisfaction source de névrose collective. Un changement de trajectoire s’impose. Il y a urgence, face à la mondialisation irréversible et des tensions budgétaires, de mieux articuler les fonctions complémentaires du rôle de l’Etat central, des collectivités locales et du marché En effet, la crise liée à la chute du prix des hydrocarbures et les conséquences sur le budget de l’Etat doit amener à avoir une autre vision du rôle économique tant de l’Etat central que des collectivités locales. Il y a prise de conscience des pouvoirs publics depuis la chute du prix des hydrocarbures, que les politiques menées ces dernières années doivent être corrigées, car l’ère des transferts des budgets de l’État pour pallier les déficits de gestion est révolue. Les entreprises et collectivités locales doivent rechercher et trouver leurs propres sources de financement passant par une rationalisation des choix budgétaires, loin de la tendance à la dépense devant concilier l’efficacité économique et une profonde justice sociale qui n’est pas l’antinomie de l’efficacité.

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