Le projet de loi sur les hydrocarbures contesté sera présenté aujourd’hui : Les parlementaires seront-ils en phase avec l’opinion nationale ?

by Manager
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Le pouvoir en place est décidé à aller «jusqu’au bout» de sa logique. Aucune contestation populaire et aucun argument savant des spécialistes ne trouvent écho chez lui.

C’est, visiblement, le fait accompli qui prime. C’est dans cette optique, en tout cas, que l’Exécutif et avec lui tous les tenants du pouvoir ont imposé l’examen, dès aujourd’hui à l’Assemblée populaire nationale (APN), du projet de loi sur les hydrocarbures. Le texte, fortement contesté par l’opinion publique, l’ensemble de la classe politique et la majorité des experts, passe selon une procédure accélérée.

Il est programmé en plénière avant le projet de loi de finances (PLF-2020) qui est, en principe, une priorité. Ainsi, les députés de la majorité FLN-RND – ceux de l’opposition boycottant les travaux de l’Assemblée depuis le mois de février dernier – seront appelés à examiner ce projet en vue de son adoption dans les prochains jours. Quelle sera leur attitude face à ce document ? Se mettront-ils en phase, pour la première fois, avec l’opinion nationale qui considère ce texte comme un bradage pur et simple du sous-sol algérien et de ses richesses ? Attendons pour voir.

Les députés de la majorité devraient, au moins, s’inscrire dans la même logique de leurs états-majors respectifs, qui ont déjà émis des réserves sur «la révision de cette loi dans le contexte actuel». En effet, la direction du RND, dont le secrétaire général par intérim, Azzeddine Mihoubi, est officiellement candidat à la présidentielle du 12 décembre prochain, estime que l’examen et la validation de ce texte «doivent revenir au prochain Président». «Il s’agit de la principale source de l’économie nationale (…), nous devons donc retarder son adoption, quels que soient les arguments», avait expliqué le RND, au lendemain de l’adoption de ce projet par le Conseil des ministres. Quelle est donc l’instruction donnée aux députés du parti à l’Assemblée ? On n’en sait rien pour l’instant.

Le FLN avait également émis le souhait de retarder la présentation de ce projet au Parlement. Le groupe des indépendants s’était, lui aussi, opposé à ce texte, en appelant, de son côté, au report de l’examen de ce projet. «Compte tenu des évolutions politique et économique du pays, notamment la protestation populaire contre le projet de loi sur les hydrocarbures, et les rumeurs autour de ce document, le groupe parlementaire des indépendants demande au Premier ministre de reporter sa présentation à l’après-élection présidentielle», explique ce groupe dans un communiqué, rendu public en octobre dernier.

«Ils l’ont vendue !»

Le président du parti Talaie El Hourriyet et candidat à la prochaine présidentielle, Ali Benflis, avait qualifié «d’inconcevable la révision de cette loi dans la situation actuelle, caractérisée par l’illégitimité des institutions, particulièrement le gouvernement et le Parlement». «La sagesse, la raison, la prévoyance, les échanges d’opinions et l’écoute de la volonté du peuple commandent à tous de reporter l’émission de ce dossier déterminant jusqu’à la mise en place d’institutions légitimes capables d’ouvrir un dialogue sérieux et approfondi sur cette question décisive pour la nation», précise-t-il.

L’opposition, tous partis confondus, a dénoncé également une volonté de brader la principale ressource du pays «pour amadouer les puissances étrangères et sauver le système de la révolte populaire actuelle».

Outre la classe politique, les Algériens se sont mobilisés massivement pour faire barrage à ce projet. Le jour même de sa présentation devant le Conseil des ministres, des milliers de manifestants ont marché sur le siège de l’APN. «Ba3ouha !» (Ils ont vendu le pays), scandaient-ils, ce jour-là. Le même slogan est repris, depuis cette date, dans toutes les marches du mouvement populaire. Le hirak, qui réclame le départ de tous les symboles du système, considère ce texte comme une «autre manière de piller ce qui reste des richesses du pays». Les parlementaires auront-ils l’audace de renvoyer ce texte à l’expéditeur ?

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