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L’huile d’argan se choisit à son procédé : torréfiée ou pressée à froid

Avatar de Nassima Ouyahia-Berthelot

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Toutes les huiles d’argan ne se valent pas, et surtout, elles ne se destinent pas au même usage. Le procédé de fabrication change presque tout : sa couleur, son odeur, et surtout ce qu’on peut raisonnablement en attendre sur la peau ou dans l’assiette.

Une indication géographique protégée, pas un simple argument marketing

L’huile d’argan bénéficie d’une indication géographique protégée marocaine depuis 2010, qui reconnaît son origine dans une zone précise du sud-ouest du Maroc, autour de la forêt d’arganiers. Cette protection encadre l’appellation et vise à préserver un savoir-faire local ainsi qu’un écosystème d’arganiers classé par ailleurs réserve de biosphère par l’indication géographique protégée, un dispositif comparable à d’autres appellations méditerranéennes.

Cette origine géographique ne dit cependant rien sur le procédé utilisé, qui reste le critère déterminant pour choisir une huile adaptée à son usage.

La production reste largement artisanale, portée par des coopératives féminines qui perpétuent un geste transmis de génération en génération : le décorticage des noyaux, réalisé à la main, avant l’extraction proprement dite. C’est un travail long, qui explique en partie pourquoi une huile d’argan authentique demande davantage de temps de production qu’une huile végétale extraite mécaniquement à grande échelle.

La torréfaction, réservée à l’huile alimentaire

Pour l’huile alimentaire, les amandons d’argan sont légèrement torréfiés avant le pressage, ce qui développe un goût caractéristique, proche de la noisette grillée, très recherché en cuisine marocaine traditionnelle. Cette torréfaction modifie aussi la composition de l’huile, la rendant moins adaptée à une application cutanée directe malgré ses qualités nutritionnelles reconnues.

C’est cette huile torréfiée qu’on retrouve traditionnellement dans l’amlou, mélange d’huile d’argan, d’amandes et de miel, ou simplement versée sur un plat pour en relever le goût.

La pression à froid, pour la peau et les cheveux

L’huile cosmétique, elle, provient d’un pressage à froid, sans torréfaction préalable des amandons. Ce procédé préserve davantage les composants sensibles à la chaleur et donne une huile plus claire, avec une odeur beaucoup plus discrète que sa version alimentaire. C’est cette huile pressée à froid qui s’applique sur la peau du visage, le corps ou les pointes de cheveux, jamais l’huile torréfiée destinée à la cuisine.

« L’huile d’argan est traditionnellement utilisée par les femmes berbères du Maroc pour ses propriétés cosmétiques, notamment pour l’hydratation de la peau et des cheveux. » — synthèse des usages traditionnels, article consacré à l’arganier.

La conservation, un point souvent négligé

L’huile d’argan, comme la plupart des huiles végétales non raffinées, s’oxyde progressivement à la lumière et à la chaleur. La conserver dans un flacon opaque, à l’abri du soleil direct, prolonge sa durée d’usage et évite qu’elle ne rancisse prématurément. Une odeur qui devient âcre ou piquante est le signe qu’il est temps de s’en défaire, quel que soit le procédé d’origine.

La texture donne aussi des indices : une huile qui devient trouble ou qui dépose un résidu épais au fond du flacon a généralement dépassé sa période d’usage optimal, même si elle reste consommable pour la cuisine dans certains cas.

Un usage à ajuster selon la peau ou les cheveux

Sur la peau du visage, quelques gouttes suffisent, appliquées en légers massages plutôt qu’en couche épaisse, pour éviter un effet trop gras qui obstruerait les pores. Sur les cheveux, elle s’applique surtout sur les pointes, zones les plus sèches, en laissant reposer si possible avant le lavage. Certaines personnes tolèrent mal l’huile d’argan sur une peau à tendance grasse : un test sur une petite zone avant une application plus large reste la précaution la plus simple.

Deux huiles, deux usages : ne pas les confondre

Critère Huile alimentaire (torréfiée) Huile cosmétique (pressée à froid)
Procédé Amandons torréfiés avant pressage Pressage à froid, sans torréfaction
Couleur et odeur Ambrée, odeur de noisette grillée Plus claire, odeur discrète
Usage Cuisine, amlou, assaisonnement Peau, cheveux, massage
Conservation Flacon opaque, à l’abri de la lumière Flacon opaque, à l’abri de la lumière

Retenir cette distinction évite l’erreur la plus commune : appliquer sur la peau une huile pensée pour la cuisine, ou l’inverse, sans profiter des qualités propres à chaque procédé. Pour approfondir d’autres gestes de soin issus des traditions méditerranéennes, notre article sur le henné et la lecture de sa couleur suit la même logique de vigilance sur l’origine et la composition d’un produit traditionnel.


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